Cyberathlète? Pas tellement!

CHRONIQUE / J’ai battu le premier au monde à NHL, au Xbox, et j’ai établi un record de patinage de vitesse sur courte piste aux Jeux olympiques. Je suis un peu comme les deux Samuel Girard en même temps. D’ailleurs, comme eux, je m’entraîne plusieurs heures par semaine. Mais dans les faits, je ne m’entraîne pas ; je joue. Et je suis bien loin d’être un athlète...

Il y a quelques jours, j’ai vécu l’angoisse du jour J. Après des heures de dévouement, des semaines ponctuées de victoires et de défaites, j’étais là où j’avais rêvé d’être. C’était l’heure de la finale de la Coupe Stanley.

Encore loin de la coupe aux lèvres, conscient de l’ampleur du moment, je ne me suis pas lancé dans le match numéro 1 dès mon réveil. Je voulais être au sommet de mon sport. Alors, j’ai pris un déjeuner hypernutritif, j’ai bu un jus énergisant, je suis allé prendre l’air, j’ai stimulé mon esprit en écoutant de la musique rythmée et j’ai pris mon premier Ritalin de la journée. Là, je n’avais aucune excuse de ne pas être à la hauteur.

Oui, tout ça, pour un jeu vidéo. Je prends ça au sérieux, et encore plus depuis que ma condition physique me contraint aux exploits sur console.

Tous ces efforts ont payé ; mes joueurs ont soulevé le plus convoité des trophées, après six matchs âprement disputés contre les Stars de Dallas.

Je sais, je sais ; je vous impressionne !

Enfin, probablement qu’à ce stade, vous devez plutôt me trouver bien pathétique.

Mais pensez-y deux secondes. Derrière ce triomphe se cachent de la rigueur, de la discipline et la dureté du mental, comme disait Bob dans Les Boys.

Le e-sport fait tranquillement sa place dans les programmes scolaires. Au Cégep de Chicoutimi, entre autres, son coup d’envoi sera donné à la prochaine rentrée.

À l’occasion de l’annonce à cet effet, les intervenants ont parlé de saines habitudes de vie chez les jeunes. Ils ne s’en cachent pas : le but est de sortir les gamers de leur sous-sol et de les encadrer avec une équipe multidisciplinaire, au même titre que les joueurs de football. Il est question de nutrition, de psychologie et de socialisation.

La prémisse de base est double. En premier lieu, les saines habitudes de vie amélioreront les performances aux jeux vidéo; en second lieu, l’encadrement et la valorisation des joueurs contribueront à leur réussite scolaire.

J’y crois, et j’applaudis les établissements qui osent sortir des avenues traditionnelles dans le but d’accrocher les jeunes, de leur offrir des réussites et de leur inculquer de belles valeurs, dont le dépassement de soi et l’autodiscipline.

Cette photo date d’août 2012 et est issue d’un des nombreux tournois de NHL que nous tenions, mes amis et moi, pendant notre séjour au Cégep de Jonquière. La photo met en vedette le top-3 habituel de ces tournois. Bob Hachey raflait pratiquement tous les titres; je terminais souvent deuxième; et Simon Leblanc nous offrait une excellente opposition!

N’appelons pas ça du sport

Là où la chose cloche, pour moi, c’est l’utilisation du mot « sport », lequel m’est synonyme, instinctivement, d’activité physique.

Jouer au Xbox, à un sport ou un jeu d’aventure, peut requérir une certaine discipline, mais ce n’est pas un sport.

Un collègue du Droit publiait, il y a deux semaines, un article intitulé Les jeux vidéo, un véritable sport ?, lequel traitait de conclusions du titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation, Thierry Karsenti.

Selon l’étude, un gamer professionnel parcourrait, avec sa souris, l’équivalent de cinq à neuf kilomètres sur un tapis roulant par heure. « En fin de compte, les cyberathlètes font plus d’efforts physiques qu’un professionnel de tir à l’arc ou même du golf », indique l’expert.

La question d’une éventuelle reconnaissance en tant que sport est prise au sérieux. À un point tel que le comité des Jeux olympiques de 2024 prévoit se pencher sur l’intégration du e-sport comme discipline officielle. Ce fut d’ailleurs un « sport de démonstration » aux Jeux d’hiver de 2018.

Mes connaissances, aussi limitées soient-elles, ne me permettent pas d’y adhérer.

Je pense même que les programmes devraient opter pour une autre appellation. La e-discipline, à la limite, serait acceptable, même si c’est beaucoup moins accrocheur. Les gens concernés sauraient trouver mieux.

L’opinion d’un ex-numéro un devenu prof d’éduc

J’en ai parlé avec le fameux premier joueur au monde à NHL que j’ai battu, en 2012.

Je vous avertis : l’histoire perd de son lustre avec sa version complète. Il s’agissait, en fait, d’un confrère au Cégep de Jonquière. À la sortie du jeu, il était en quarantaine en raison d’une bactérie et a décidé de jouer en ligne sans arrêt, jour et nuit, jusqu’à atteindre le sommet. Pour y demeurer, il faut jouer à un rythme insoutenable, ce qu’il n’a pas fait. Son trône aura donc été de courte durée, mais il y a de quoi se vanter auprès de ses amis quand même ! Disons que ça se glisse bien dans une conversation !

Cet ami, Bob Hachey, a depuis complété un baccalauréat en enseignement de l’éducation physique et à la santé à l’Université du Québec à Chicoutimi. Je me suis donc dit que son opinion était pertinente.

Il m’a répondu : « Je te dirais que c’est à double tranchant, parce qu’à l’aide des jeux vidéo, tu peux développer des habiletés comme la coordination main-œil et le temps de réaction, puisqu’on le veuille ou non, pour devenir premier au monde, ça demande de la concentration et de la discipline. Par contre, en tant qu’éducateur physique et à la santé, je me verrais mal enseigner à jouer à NHL, juste pour le fait que d’être devant un écran plusieurs heures par jour, c’est nocif pour la santé. De plus, il n’y a pas vraiment de dépenses énergétiques lorsque tu joues à un jeu vidéo. Puis, malgré le fait que tu aies accès à un micro ou bien à un clavier, je doute que ce soit autant bénéfique au point de vue social. »

Son discours est ainsi venu consolider le mien.

Curieux d’avoir une lecture supplémentaire, j’ai aussi tenté de discuter de la question avec les intervenants du Cégep de Chicoutimi, mais en vain, les communications n’ayant pas rendu mon appel.

Me voilà donc devant l’obligation de conclure. Après analyse, à la question « Suis-je un athlète ? », je me dois de répondre : « Pas tellement ! » Mais, malgré cette déception, il n’en demeure pas moins que les deux Samuel Girard au fond de moi sont bien excités, puisque le rêve olympique n’a jamais été autant à ma portée ! Objectif : Paris 2024 !