Des panneaux supplémentaires ont été installés pour réserver une zone d’accès à la plage aux personnes à mobilité réduite.

Appelez-moi Trump, Aladdin ou Prince Harry!

CHRONIQUE / Je viens de vivre mon baptême de l’air... à mobilité réduite ! Plus d’un an et demi après l’arrivée inattendue de la maladie dans mon quotidien, j’ai enfin pu ajouter un tampon à mon passeport. Je me suis envolé, du 14 au 21 novembre, pour la République dominicaine, avec ma grande amie Roxanne. Et j’ai eu droit à un traitement à la fois présidentiel, fantastique et princier ! À quelques exceptions près...

Un des plus grands deuils liés à ma maladie est assurément celui des voyages. Diplômé en coopération internationale de l’Université du Québec à Chicoutimi, j’ai toujours eu des idées de grandeur pour mes escapades hors du pays. Le désir de retourner en Afrique, l’attrait de découvrir l’Asie et l’appétit d’arpenter un nouveau royaume européen me semblaient casse-gueule pour un premier périple à l’étranger avec mon fauteuil motorisé. C’est pourquoi j’ai décidé de jouer de prudence en optant pour une destination soleil. Et disons que j’avais besoin de repos avant toute chose !

Évidemment, j’avais quelques inquiétudes à la veille de cette expérience sur roues. Le site répondra-t-il bel et bien à mes besoins particuliers ? Le transport privé avec une rampe d’embarquement sera-t-il à l’heure ? Mon bolide sortira-t-il en cent morceaux de la soute ?

Verdict : j’ai été agréablement surpris... jusqu’à mon retour à Montréal. Car si j’ai eu droit à mille et une attentions avant et durant tout le voyage, ce sont les agents de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau qui ont été les seuls à échouer au test. Eh oui ! Ils auraient des leçons à retenir de leurs homologues dominicains ! La république bananière, c’est ici !

Des panneaux supplémentaires ont été installés pour réserver une zone d’accès à la plage aux personnes à mobilité réduite.

Je reviendrai sur cette fin amère en conclusion de chronique. Je préfère y aller de façon chronologique et donner à César ce qui lui revient, avant de jeter des cailloux.

Préparation

J’ai l’habitude d’organiser moi-même mes voyages et de me réserver une certaine liberté pour les jours outre-mer, mais étant donné mon ignorance en matière de périple adapté, cette fois, j’ai tendu la main à une agente. Celle-ci m’a rapidement suggéré d’opter pour Sunwing comme transporteur, en raison de leur département pour les besoins spéciaux.

Un formulaire, tout simple, a servi à demander des sièges avec plus d’espace, un transport privé adapté, une chambre conforme à mes besoins et un emplacement central à l’hôtel. Loin des Douze travaux d’Astérix !

Et tous mes caprices, à l’exception du transport privé entre l’aéroport et l’hôtel, ne m’ont pas coûté un sou.

Voici la rampe d’accès qui me permettait d’aller me faire griller la couenne au son des vagues.

C’est cette même agente qui m’a conseillé dans le choix d’un hôtel réputé pour l’accueil de voyageurs à mobilité réduite, l’Occidental Punta Cana.

Un formulaire, c’est bien beau, mais comment allait se traduire le tout l’heure du voyage enfin sonnée ?

Pour le départ, depuis Montréal, je suis tombé sur une perle de Sunwing pour me guider jusqu’au moment de mettre le pied à bord de l’avion.

Comme on me l’avait souligné, les deux premiers sièges après la classe élite avaient été réservés pour mon amie et moi. Nous avions aussi un banc libre à côté de nous, ce qui m’a permis de varier la position de mes jambes tout au long du vol.

Un fauteuil roulant de plage a été mis à ma disposition, sans même que j’aie à le demander.

C’est après l’atterrissage que le conte de fées énoncé dans le titre a pris forme. Avertissement : la suite sera teintée d’une légère dose de romance et d’humour !

Une délégation d’agents m’attendaient donc sur la piste. L’aéroport de Punta Cana n’étant pas doté de passerelles pour le débarquement des passagers, un escalier a été installé pour que les vacanciers regagnent le plancher des vaches.

« Comment es-tu descendu ? », vous demandez-vous. Comme Aladdin sur son tapis magique. Ou comme Fergie dans le vidéoclip de Don’t Phunk With My Heart.

Deux gaillards m’ont porté sur une chaise réservée à cet usage, tout cela après que j’aie attendu, au sommet de l’escalier, comme on voit souvent Donald Trump le faire. J’en ai profité pour faire quelques salutations présidentielles, à la blague, évidemment. Malheureusement, je n’ai pas immortalisé le moment, me voyant mal filmer ma descente, alors que deux Popeye dominicains réalisaient le tour de force de me soulever !

Afin de parcourir la distance entre l’aéroport et l’hôtel, j’avais réservé un transport privé adapté.

De retour dans ma somptueuse calèche, j’ai été guidé de façon express, par un employé de Sunwing. Et le terme « express » est faible ! Nous avons même échappé aux contrôles douaniers ! Mais cet accroc au protocole de sécurité, gardons-le entre nous ! Ce sera notre petit secret !

Mon transport adapté m’attendait, comme la bagnole de nouveaux mariés, sans les boîtes de conserve à la traîne, si bien que nous sommes arrivés à l’hôtel en un claquement de doigts !

Sans rien demander !

Parlons maintenant de l’hébergement et du service reçu à l’Occidental Punta Cana. Après un accueil chaleureux et un bon mimosa, j’ai eu l’immense bonheur de découvrir que ma chambre, au rez-de-chaussée, était dotée d’une salle de bains adaptée ! Siège de toilette plus haut, barres d’appui, banc de douche, douche-téléphone : la totale, quoi !

Après avoir défait nos valises, nous avons eu la visite de deux employées de l’établissement, venues nous remettre une lettre de la direction afin que nous puissions avoir accès à la carte des restaurants thématiques inaccessibles – lire : du second étage –, dans l’enceinte de ceux du premier niveau. Et cela, sans même avoir à soulever le problème !

Quelle ne fut pas ma surprise en constatant le niveau d’adaptation de ma salle de bains!

Ce n’est pas tout ! Dès mon premier passage sur la plage, via une rampe d’accès, des employés ont été mandatés afin d’installer des panneaux supplémentaires afin de bien identifier la zone réservée aux personnes à mobilité réduite, et ils y ont apporté un fauteuil roulant de plage ! Et ce, encore une fois, sans que j’aie eu à appeler mon ami le génie.

Par ailleurs, dans toutes les salles de repas, j’ai été accommodé pour avoir un emplacement répondant à mes besoins. Aussi, les animateurs m’ont donné un accès arrière-scène pour que mes talents de karaoké et mon sens du spectacle soient mis à profit. Bref, tous mes voeux ont été exaucés !

L’heure du retour

Sept jours, c’est vite passé ! J’ai quitté l’hôtel satisfait du service et beaucoup moins craintif pour le vol du retour.

Erreur !

Quelle ne fut pas ma surprise en constatant le niveau d’adaptation de ma salle de bains!

Le personnel de l’aéroport de Punta Cana m’a d’abord donné raison, m’offrant de nouveau un service personnalisé supérieur à mes attentes, mais, à mon arrivée à Montréal, une ombre est venue noircir le portrait de mon premier voyage adapté. Après tout, un récit sans rebondissements, c’est moins palpitant !

Après plusieurs minutes d’attente, mon fauteuil motorisé m’a été rapporté particulièrement amoché.

La disparition de pièces de protection et des bris mineurs ont semblé bien anodins quand j’ai remis mon bolide en marche et que je me suis mis... à tourner sur place. Les roues coincées, mon fauteuil ne pouvait que virevolter. J’avais l’air de la petite ballerine dans la petite boîte à musique !

Il a fallu le mettre en mode manuel et parcourir une certaine distance pour regagner le contrôle, tout cela devant des employés qui n’avaient rien à cirer du problème.

Vêtu de ma chemise sénégalaise et entouré d’autres Québécois et d’un Russe fort sympathique, j’ai chanté New York, New York de Frank Sinatra, lors d’une soirée de karaoké. Malheureusement, je n’ai pas de vidéo témoignant de la justesse de ma voix, de la qualité de mon interprétation et de mon impressionnante chorégraphie motorisée. Deux jours plus tôt, mon amie Roxanne et moi avions conquis le public avec Lady Marmalade.

J’ai donc fait une déclaration de bris et pris un rendez-vous pour constater l’ampleur des dégâts. Histoire à suivre !

En terminant, je ne peux signer une telle chronique sans remercier ma partenaire dans toutes ces péripéties – et bien d’autres ! –, ma précieuse amie Roxanne. Ce baptême de l’air à mobilité réduite n’aurait pas été le même sans toi ! Je lève donc un verre de mimosa à notre amitié ! Aplauso, aplauso !