J’ai rencontré la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et la conseillère communautaire Audrey Lefebvre, vendredi, pour faire le point sur l’accessibilité des infrastructures et l’intégration des personnes handicapées.

Accessibilité des infrastructures à Saguenay: lentement, mais sûrement

CHRONIQUE / « La Ville peut définitivement prendre un rôle de leader pour sensibiliser les commerçants et promouvoir l’accessibilité universelle. De notre côté, pour les infrastructures municipales, il y a eu des avancées, mais il reste beaucoup à faire. Lentement, mais sûrement. »

Voilà des propos tenus par la mairesse de Saguenay, Josée Néron, lors d’une entrevue de plus d’une heure, vendredi. J’avais réclamé cette rencontre dans la foulée de la publication de trois chroniques sur l’accessibilité dans les centres-villes et les édifices publics. Pour la petite histoire, les taux d’accessibilité des commerces étaient de 52 % à Chicoutimi, de 45 % à La Baie et de 35 % à Jonquière, pour un score global de 43 % à Saguenay.

Pour l’occasion, Mme Néron était accompagnée d’Audrey Lefebvre, conseillère communautaire responsable du Plan d’action favorisant l’intégration des personnes handicapées (PAIPH) 2019-2022, et de Simon Lespérance, attaché politique au cabinet de la mairesse.

Le paragraphe d’ouverture de cette chronique résume bien la position de la Ville. Dans la sphère du privé, Saguenay « ne peut pas obliger des édifices privés à se prémunir d’aménagements assurant l’accessibilité universelle ». Et du côté de l’administration municipale, « il y a une réelle sensibilité à cet enjeu, mais il faut toujours considérer les moyens et y aller par priorité ». Surtout que les citoyens sont plus clairs que jamais sur cette notion : la Ville doit justifier chacune de ses dépenses et éviter à tout prix des impacts sur le compte de taxes.

Commerces

J’ai lancé la discussion sur l’état de situation dans les centres-villes de Saguenay en demandant à Mme Néron si son administration allait davantage travailler avec les acteurs du développement économique afin de leur soumettre des pistes de solution. Par exemple, je prévois, avec quelques personnes vivant une situation de handicap de mon entourage, refaire une tournée pour tester les équipements mobiles que proposent certaines entreprises spécialisées en accessibilité. Pourquoi la vingtaine de commerçants du Carré Davis ne s’achèterait-elle pas deux ou trois petites rampes portatives à partager ? Ils pourraient promouvoir cette démarche et inviter la clientèle à téléphoner avant une visite à leur boutique ou à leur restaurant. Une belle façon de réduire les coûts de l’accessibilité !

« En effet, la Ville pourrait travailler davantage avec les Chambres de commerce et les parcs industriels, jouer un rôle de leader et sensibiliser. L’accessibilité universelle est un atout au niveau de la clientèle pour les commerçants, surtout avec une population qui vieillit et dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. L’inclusion est plus essentielle que jamais », reconnaît Josée Néron.

Bureaux et hôtel de ville

La discussion s’est poursuivie sur l’accès aux bureaux d’arrondissement. À Jonquière, le bâtiment n’est aucunement accessible ; à Chicoutimi, il y a au moins trois portes non automatiques à ouvrir ; et à La Baie, il y a un bouton pour la porte extérieure, qui donne accès à un vestibule, mais pas pour la seconde. Mmes Néron et Lefebvre ont pris des notes. Après tout, ajouter des boutons, ce ne sont pas des dépenses pharaoniques.

Dans le cas de l’hôtel de ville, je vais l’accorder à l’administration municipale : la structure architecturale du bâtiment fait en sorte que l’accessibilité coûterait les yeux de la tête. Et lorsque je supplie la mairesse de déplacer les séances du conseil, elle répond : « Il a été étudié de déménager les séances, mais il aurait fallu aller à Jonquière pour avoir une salle satisfaisante et il est impensable de ne pas tenir des séances dans chacun des arrondissements. On évalue toutefois la possibilité, maintenant que les séances sont diffusées sur le Web, de permettre aux gens de poser des questions en ligne. »


« En effet, la Ville pourrait travailler davantage avec les Chambres de commerce et les parcs industriels, jouer un rôle de leader et sensibiliser. L’accessibilité universelle est un atout au niveau de la clientèle pour les commerçants, surtout avec une population qui vieillit et dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. L’inclusion est plus essentielle que jamais. »
Josée Néron

Peut-être que lorsque le Centre des arts et de la culture sera rénové – si une subvention en ce sens est accordée – ou lorsqu’un centre multiservice sera construit sur la zone ferroviaire, la Ville pourra alors me permettre d’aller physiquement aux séances chicoutimiennes.

« C’est aussi une question d’époque. Maintenant, chaque construction ou rénovation d’une infrastructure publique est effectuée en fonction du concept de l’accessibilité universelle », souligne Mme Néron.

La bibliothèque Hélène-Pedneault de Jonquière prouve cette affirmation.

Pour revenir sur l’impératif d’avancer une priorité à la fois, la mairesse m’a convaincu lorsqu’elle a détaillé cette idée. « Est-ce mieux de payer une somme énorme pour rénover l’hôtel de ville ou la mettre pour améliorer les montées et les descentes des trottoirs, pour ajouter des traverses piétonnières et pour rendre accessibles les lieux de loisir utilisés par les organisations concernées ? , soulève-t-elle. C’est certain que j’aimerais tout faire, mais mes moyens sont limités. »

Plan d’action novateur

Concernant le fameux PAIPH, cette rencontre a permis d’en concrétiser le contenu, car sur papier, ce n’est pas toujours très palpable. Le plan dévoilé en juin comporte 140 actions divisées en sept axes.

Le volet communication a été ajouté par rapport au dernier plan d’action.

L’auteur de ces lignes étant journaliste, j’étais heureux qu’enfin, la Ville essaie de mieux communiquer les avancées, pour que les gens concernés puissent en bénéficier et constater que les choses avancent (lentement, mais sûrement).

Depuis 2016, ce sont 366 actions qui ont été posées. Si les premières années ont servi à faire des constats, l’heure est aux actions concrètes.

La Ville procède à une reddition de comptes fréquente, de sorte que le PAIPH continue de se construire au fil des gains et des nouveaux obstacles. D’ailleurs, la Ville invite les personnes handicapées à adopter le réflexe de rapporter les incohérences constatées.

Ce que j’ignorais, c’est que le plan d’action saguenéen est cité en exemple par l’Office des personnes handicapées du Québec. « Notre plan a reçu une très grande cote de qualité, fait valoir Audrey Lefebvre. Saguenay se démarque. On nous a dit que notre plan avait un côté novateur et inspirant. Nous sommes reconnus pour la présence citoyenne sur nos comités, le réflexe rapide pour les interventions mineures, le maintien des acquis et la diffusion des offres d’emploi, notamment. »

« Nous nous nourrissons aussi beaucoup de ce qui se fait ailleurs ; les villes s’entraident », ajoute Mme Néron.

Transport adapté

Enfin, notre discussion a bifurqué sur l’enjeu de l’heure pour les organismes dédiés aux personnes vivant avec un handicap, le transport adapté.

« Les deux problèmes de base sont qu’on a le même ratio de financement qu’à Montréal, mais pas la même superficie et la même réalité, et qu’il est difficile de recruter des chauffeurs d’autobus prêts à travailler les soirs et la fin de semaine, moment où se tiennent les activités touchées. Ceci étant dit, c’est un dossier prioritaire. Nous travaillons très fort pour trouver une solution satisfaisante », commente Mme Néron.

Je suis sorti de cette rencontre rassurée quant à la sensibilité et à la volonté de l’administration Néron, et conscient des limites imposées par les moyens financiers de la capitale régionale.

Mme Néron m’a invité à joindre le comité consultatif, ce que j’ai accepté sans hésitation, afin de représenter les personnes handicapées physiquement, lesquelles fréquentent moins les organismes que les gens atteints d’une déficience intellectuelle, et de pouvoir transmettre de façon plus directe les récriminations que m’adressent plusieurs lecteurs.

Saguenay, ville accessible ? Pourquoi pas !

Lentement, mais sûrement !