À la guerre avec les Bleus

CHRONIQUE / Pour cette première chronique de 2019, j’ai décidé de me faire un cadeau. En fait, je l’avais mis sur ma liste pour le père Noël, et une grève s’est abattue sur la poste canadienne. Mais ça, ce n’est qu’un détail, car que ça vienne du bonhomme barbu ou de moi-même, ça m’est franchement égal !

Mon cadeau, c’est de donner un nom à ma chronique hebdomadaire, un petit bonheur né des vacances du collègue Joël Martel quelque part cet été, puis permis par mes patrons (dont celui à la barbe) et entériné par moi-même aujourd’hui, bien égoïstement !

Pour vous, ça semble peut-être bien anodin, mais pour moi, c’est toute une affaire ! Ce nom va me suivre pour un bon bout de temps – du moins, je l’espère –, et j’aimerais ne pas avoir à le changer, comme quand Joël est devenu chroniqueur du samedi.

Je souhaitais aussi trouver quelque chose de significatif et qui allait bien traduire mes intentions de chroniqueur. Je voulais donner le ton à la suite des choses, qu’en deux ou trois mots, les gens aient une petite idée de ce qu’il les attend, bien que j’ai l’intention de surprendre à l’occasion !

Mon choix s’est arrêté sur : Bleuet adapté.

Oui, je m’approprie la citoyenneté de Bleuet, et ce, même si je viens de Repentigny, dans Lanaudière. En fait, je suis un Bleuet d’adoption. Un Bleuet d’adoption adapté à son nouveau milieu de vie, qui fait bien rire sa parenté avec ses expressions du Royaume, mais qui est bien vite démasqué par ses nouveaux concitoyens lorsqu’il prononce « lacets » comme s’il y avait huit accents circonflexes sur le « a ».

Je suis arrivé à Saguenay en 2010, sans me douter que huit ans et demi plus tard, ma vie y serait bâtie. J’ai trouvé, ici, un grand bien-être, une tranquillité, des amitiés, un travail et un sentiment d’appartenance, entre autres trésors. Un sentiment d’appartenance qui ne pourrait jamais vibrer autant dans une banlieue de Montréal avec si peu de saveurs bien à elle. Un sentiment d’appartenance qui triomphe, ici, là où tout est unique, là où tout est possible.

Aujourd’hui, je suis un Saguenéen, et fier de l’être. Je suis encore un Repentignois, c’est certain. J’aurai toujours un sentiment d’appartenance quelconque pour mes vraies origines et un petit sourire quand j’en entends parler, mais si les deux contrées entraient en guerre demain matin, je me battrais pour les Bleus, je jouerais la taupe chez les Sans-Couleur ou je les saboterais de l’intérieur.

J’ai donc envie de parler de ma belle région d’adoption ou, du moins, de la région que j’ai adoptée. J’ai envie de la faire rayonner, de la mettre au défi et de l’embellir, à ma façon, à petite échelle.

Voilà pour mon vol d’identité de Bleuet. Maintenant, le qualificatif « adapté ».

Olympiques spéciaux, programmes spéciaux, besoins spéciaux, classes spéciales. Le terme « adapté » est utilisé à profusion pour parler des personnes vivant avec un handicap.

J’ai hésité longuement à m’étiqueter comme étant « adapté ». Est-ce que ça fait vraiment partie de mon identité ? Est-ce que je veux me décrire ainsi ?

La réponse est : oui !

Un rappel s’impose, bien que j’en aie parlé abondamment : depuis l’hiver 2017, je vis avec des problèmes de santé majeurs, principalement en matière de limitations physiques. Au quotidien, pour le travail ou mes sorties, j’utilise un fauteuil roulant motorisé pour m’assurer autonomie et sécurité ; à la maison, une canne ou une marchette peut me suffire. La douleur teinte chacune de mes journées ; la maladie est devenue la trame de ma vie. Et en colocation, j’ai un inconnu.

C’est que je demeure sans diagnostic, sans réponse à toutes les questions que je peux me poser, ou qu’on peut me poser. Avant mars 2017, j’ignorais tout de la réalité des maladies orphelines, diagnostiquées ou non étiquetées, comme disent nos cousins français.

Il y a deux ans, je prenais les voeux de santé avec naïveté, je pensais à mes trois matchs de tennis de la semaine à venir et je rêvais de retourner à l’aventure aux quatre coins du globe. Aujourd’hui, j’accepte les voeux de santé, et les adapte, en me souhaitant de la stabilité et peut-être le début d’une réponse.

À plusieurs reprises, j’ai comparé ma tribune hebdomadaire à un porte-voix. Pour les causes moins connues, les gens non entendus, les initiatives qui méritent de sortir de l’ombre, les inégalités insoupçonnées.

Ce privilège immense que j’ai, d’avoir une liberté d’écriture pour porter des sujets sur la place publique, je veux encore le partager avec ceux et celles qui luttent parfois pour être écoutés.

Si je peux servir à d’autres qui le méritent, je suis prêt à faire une croix sur cette partie de ma vie privée, à assumer le qualificatif « adapté » dans l’en-tête de ma chronique.

Je suis très heureux de pouvoir utiliser le mot « trame », pour faire référence qu’en 2018, j’ai réussi à tasser la maladie de l’avant-scène à l’arrière-plan de ma vie. J’ai accepté ce qui m’arrive et ai décidé d’être la version la plus heureuse de ce que je peux être, un choix facile à écrire, mais difficile à faire et à assumer au quotidien. Mon bonheur adapté, c’est d’être serein devant cette situation et de regarder droit devant, en souriant.

Donc, voilà que le Bleuet adapté est officiellement né, qu’il entend vous parler de sa terre d’adoption et qu’il vous tend la main, tout en vous promettant, à l’occasion, des chroniques bien légères pour vous dévoiler un peu de sa personnalité. Et comme c’est le début d’une nouvelle année, le Bleuet adapté vous souhaite santé et sérénité.

Je vous souhaite santé et sérénité en 2019 !