Vous avez les clés du futur

CHRONIQUE / Salut à vous, chers électeurs ou chères électrices qui avez perdu vos élections.

Tout d’abord, sachez que je comprends absolument le sentiment qui vous habite, car moi aussi, je les ai perdues.

D’ailleurs, je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je commence à être vraiment trop familier avec ce sentiment. En fait, bien que je n’aie pas recensé religieusement mes élections des 20 dernières années, je peux vous dire que ça fait au moins une bonne quinzaine d’années que je ne vote jamais pour « le bon parti ».

Les lecteurs et lectrices plus âgés seront probablement d’accord avec moi : chaque fois, même si on se dit qu’on s’y attendait, ça fait toujours un peu mal. Pour certains, ce sont une panoplie de petits rêves qui meurent soudainement et pour d’autres, c’est un grand rêve qui s’endort ou agonise, c’est selon.

En ce qui concerne les lecteurs moins âgés, sachez que c’est normal si vous êtes présentement en beau maudit. Certes, il ne faut jamais laisser la colère diriger nos actions, mais quand elle nous habite, il faut savoir la canaliser en quelque chose de positif. Et puis hop, à la différence de ma génération, les peu nombreux Xennials, même si le tableau peut vous paraître très sombre, vous devez savoir que vous détenez les clés du futur.

Je vous dis ça, car aux prochaines élections provinciales, vous serez une masse critique d’électeurs et ça pourrait être vous qui aurez le dernier mot. Évidemment, je suis un peu jaloux, car on ne s’est jamais fait dire des choses comme ça, nous les Xennials. Or, je connais un bon nombre d’entre vous et vous savez quoi ? J’ai bien envie de vous faire confiance pour la suite des choses.

Alors que certains se délectent des résultats des dernières élections en hurlant de joie qu’ils ont enfin eu du changement, d’autres électeurs, dont je fais partie, auraient plutôt souhaité un projet de société qui aurait animé tous les Québécois et toutes les Québécoises. Mais bon, le Québec a plutôt préféré échanger le McDonald’s pour du Burger King, au lieu d’aller se délecter d’un Beyond Meat chez A & W. Les frites et le burger ne goûteront peut-être pas pareil, mais ça va faire différent au moins.

En ce moment même, les plus jeunes lecteurs se disent peut-être un truc du genre : « C’est encore de la faute aux baby-boomers parce qu’eux, ils s’en sacrent que la Terre soit en train de brûler et tout le tra la la parce qu’il leur en reste moins à faire qu’ils en ont fait ».

C’est peut-être vrai en ce qui concerne certains baby-boomers. Comme c’est peut-être vrai aussi en ce qui concerne des personnes d’un plus jeune âge à qui on répète depuis qu’ils sont tout petits que tout est foutu et que tout ce qu’on peut faire, c’est de sauver les meubles en attendant la fin du monde.

Maintenant, ça va peut-être vous sembler quétaine, mais c’est ça qu’il va falloir faire pendant les quatre prochaines années : apprendre à se connaître et croire en ses rêves.

La politique, ça peut être une machine sacrément efficace à tuer des rêves. On va vous dire que vous êtes fou et que ça ne se peut pas. On va rire de vous. On va vous balancer des chiffres et des faits pour étouffer vos rêves.

Mais si vous continuez à rêver et que vous tenez votre bout, un jour ou l’autre, quelqu’un viendra à votre rencontre et il vous dira que votre rêve est impossible parce que vous ne le rêvez pas de la bonne façon. Peut-être aura-t-il aussi des solutions à vous fournir et sinon, il aura allumé la première étincelle qui rendra tout ça possible ?

Pensez par exemple à toutes ces personnes qui ont fait rire d’elles au fil des siècles parce qu’elles souhaitaient voler un jour. Ou ceux et celles qui rêvaient d’aller sur la Lune.

La vraie campagne vient tout juste de débuter. Elle commence par vous, dans la vraie vie, là. Les vrais échanges d’idées, c’est nous qui devons les faire et ce n’est surtout pas le soir du débat des chefs que ça se produit. C’est vous les chefs. C’est nous tous.

En fait, ce n’est pas de perdre ses élections qui est la fin du monde. Le vrai drame, c’est de perdre le temps que nous avons entre les élections pour se parler et se réinventer.