Une vraie journée de chien

CHRONIQUE / En gros, on peut dire que ç’a été une journée de chien.

Ç’a donc débuté au petit matin lorsque j’ai entendu Julie m’annoncer que Billy avait pris la poudre d’escampette. Généralement, quand il fait ça, il va renifler la maison de Cédrick, il essaie de trouver son amie Sammy, il va voir ensuite sa blonde Stella à deux ou trois maisons de là, et puis hop, il revient en gambadant.

Or, ce que j’ignorais, c’est qu’en fait, Julie venait tout juste de se réveiller et en arrivant au rez-de-chaussée, elle a réalisé que la porte de la maison était restée grande ouverte pendant une partie de la nuit, ce qui a permis à Billy d’aller se balader paisiblement dans le quartier alors que tout le monde dormait.

À notre grand soulagement, Billy est revenu avant qu’une voiture ne l’écrabouille, mais disons-le, ça commençait très bizarrement la journée.

Quelques heures plus tard, alors que Billy dormait sur son lit de chien, il a soudainement bondi dans les airs pour japper. Ça, en langage de Billy, ça veut dire : « Hey, on a de la visite, que personne ne panique, je gère très bien la situation, même si je suis justement en train de faire paniquer tout le monde en jappant comme un maniaque. »

L’instant d’après, Julie m’annonçait que la visite en question était composée de deux chiens en liberté qui étaient venus s’aventurer sur notre terrain. Et puis, juste pour ajouter au caractère un peu inattendu de la situation, voilà qu’un des deux chiens était une copie conforme de ce sacré Billy.

J’ai tenté de sympathiser avec les deux chiens afin de voir si je pouvais les aider, mais ils ont aussitôt poursuivi leur chemin.

Trois ou quatre minutes plus tard, notre radar à visite recommençait à japper, et cette fois-ci, c’était Michel, un de nos voisins, qui venait nous informer qu’il croyait avoir vu Billy passer devant sa maison. Je lui ai alors expliqué que c’était son sosie et pendant une fraction de seconde, je suis convaincu que Michel s’est dit exactement la même chose que moi, un truc du genre : « Bordel, on est vraiment en train d’avoir cette discussion de sosies de chiens ? »

Puis, une heure plus tard, voilà que l’autre chien du duo en visite, celui qui ne ressemblait pas à Billy, était derrière la maison.

Je l’ai invité à venir me voir et le bon bougre est venu s’installer sur le patio. On lui a donné de la nourriture et de l’eau et, pendant ce temps, on a réalisé que le chien n’avait rien sur lui pour l’identifier, mis à part un bout de corde attachée à son collier.

On a donc débuté une session de photos avec le chien que j’avais baptisé Mystério, et puis, on a envoyé nos chefs-d’oeuvre à différentes pages Facebook, comme Spotted : Alma et la page du parc canin, dans l’espoir que le propriétaire de Mystério ou un ami du propriétaire parviendrait à l’identifier.

Entre-temps, on avait aussi contacté le refuge animalier d’Alma, mais ça ne répondait pas, tandis que du côté de chez Rubie, ils nous ont assurés qu’ils l’hébergeraient.

Dans les heures qui ont suivi le moment où Julie est allée déposer Mystério chez Rubie, on a appris d’habitués du parc à chiens que ce n’était pas la première fois que Mystério était laissé à lui-même.

Maintenant, avant d’accuser son propriétaire de négligence ou un truc du genre, je tiens quand même à préciser que Mystério m’a semblé être un chien qui n’avait jamais manqué de rien. Il était très doux, pas du tout agressif et appréciait visiblement la présence des humains. En d’autres mots, il m’avait tout simplement l’air d’un chien très heureux dans la vie.

Je vais vous avouer que pendant quelques heures, j’ai été fortement tenté de l’adopter, puis lorsque j’ai imaginé comment je me sentirais si Billy était remis en adoption à la suite d’un malentendu, je n’ai vraiment pas aimé ça.

Alors hop, j’espère que Mystério a pu retrouver son maître et si tel est le cas, souhaitons que celui-ci lui achète une meilleure corde, car la prochaine fois que Mystério se pointera à la maison, je changerai peut-être d’idée.

Décidément, on s’attache plus facilement à ces bêtes qu’elles ne se laissent attacher.