Une peur qui coûte cher

CHRONIQUE / C’était une autre de ces soirées où je marchais dans les rues désertes d’Alma.

Je venais alors tout juste d’emprunter le stationnement du Centre Alma pour me rendre jusqu’aux petites « ruelles » du quartier Naudville quand j’ai aperçu deux jeunes femmes qui marchaient quelques mètres devant moi. Comme il était très tard et que je portais un chandail de laine dégueulasse et qu’en plus, j’avais la barbe longue et les cheveux en bataille, je me suis dit : « Oh merde, j’ai pas envie qu’elles pensent que je suis un fou furieux qui déambule dans la nuit et qui a décidé de les suivre. »

Alors hop, j’ai décidé de faire mine que je devais attacher mes souliers, puis que j’attendrais subtilement quelques minutes, le temps que les deux jeunes femmes poursuivent leur chemin afin que je n’apparaisse plus comme une espèce de menace potentielle dans leur champ de vision.

Mais voilà qu’au moment où je me suis penché, j’ai vu tous ces cafards qui hantaient le stationnement et je ne vous l’ai peut-être jamais dit, mais les cafards, c’est probablement l’une des choses qui me fout le plus la trouille dans la vie.

L’instant d’après, sans même m’en être aperçu, j’étais là à rejoindre les deux filles à qui j’avais peur de faire peur : « Pardonnez-moi les filles, mais est-ce que vous pensez que je peux marcher un peu avec vous parce que tous ces barbeaux sur le sol, ça me fait vraiment peur. »

Fort probablement qu’à ce moment-là, j’étais blanc comme un drap et quand je vous dis que j’avais la chienne, ce n’est vraiment pas peu dire.

Mes protectrices elles, elles s’amusaient à écraser les barbeaux tout en me confirmant que c’était plutôt impressionnant comme invasion.

Quand nous sommes arrivés à proximité des « ruelles » de Naudville, les deux jeunes femmes m’ont demandé si je pouvais poursuivre ma route sans elles, puis elles m’ont souhaité bonne chance.

J’allais donc emprunter la première des deux « ruelles » quand j’ai décidé d’écrire quelques notes sur mon téléphone à propos de cette curieuse expérience de gars qui avait peur de faire peur à des filles, mais qui s’était finalement réfugié auprès d’elle parce qu’il avait peur des insectes.

Je notais donc tout ça quand un type a surgi de nulle part pour me demander si j’étais en train de jouer. J’ai évidemment sursauté, puis quand le gars a vu que sa question m’avait déboussolé, il m’a montré son téléphone : « Moi man, je joue au nouveau jeu de Walking Dead et c’est comme Pokémon Go, mais avec des zombies. »

On a discuté à propos de ça pendant quelques minutes, puis l’instant d’après, cette espèce de publicité interactive m’avait convaincu d’essayer ce jeu.

J’ai donc passé le reste de ma promenade à chasser les zombies qui se trouvaient sur mon parcours et pour vous dire vrai, ça m’a bien amusé sur le coup. Et puis pendant les jours suivants, il m’arrivait parfois de chasser quelques zombies ici et là pour tuer le temps.

Il y a eu ensuite les vacances et pendant tout mon voyage d’une semaine, c’était pratiquement impossible de se connecter à un réseau. En fait, tout ce que mon téléphone arrivait à capter, c’était des pourriels et des publicités. Et là, je ne blague même pas quand je vous dis ça.

Puis, deux ou trois jours avant mon retour à la maison, je recevais enfin un texto, sauf que celui-ci m’annonçait que j’avais dépassé ma limite de bande passante et que si je continuais à utiliser du réseau, des frais supplémentaires s’ajouteraient. « Bah… je ne peux même pas me servir du réseau, alors pas de stress », que je me suis dit.

Résultat : j’apprenais en revenant de voyage que j’avais pour 150 dollars de frais pour utilisation de données supplémentaires.

J’ai finalement compris que même si je n’arrivais pas à me connecter, mon application de chasseur de zombies tentait continuellement de se connecter à quelque chose et ainsi, c’était comme si je me promenais avec une gourde trouée qui laissait constamment couler mes données.

Alors en résumé, si je n’avais pas eu peur des cafards, j’aurais sauvé 150 dollars.