Une histoire de patins

CHRONIQUE / La semaine dernière, je sentais que mon amoureuse semblait habitée par un certain stress.

Et puis, un soir, alors qu’on discutait des trucs à faire lors des prochains jours, Julie m’explique que nous allions devoir trouver des patins pour notre Charlot.

C’était donc ça, le petit stress.

Alors hop, le lendemain, Julie retrouve les « vieux » patins de Charlot, et après les avoir essayés quelques minutes, il nous confirme qu’ils sont trop petits.

Soudainement, je sens que le «stressomètre» est reparti de plus belle.

Comme la sortie scolaire de Charlot est prévue pour le lundi suivant et que nous sommes vendredi, on peut maintenant dire que c’est une question d’heures.

Puis, je vois apparaître un statut Facebook de mon amoureuse qui demande à ses contacts si quelqu’un n’aurait pas une paire de patins à vendre ou à donner.

Et juste un peu plus tard, je surprends mon amoureuse en train de répondre à une petite annonce concernant des patins pour enfant.

Décidément, Julie a décidé de remporter ce combat et elle a sorti l’artillerie lourde de la maman : la détermination.

Dans les heures qui suivent, j’aperçois Julie en train de survoler les circulaires à la recherche d’une vente de patins, mais en vain.

Pendant ce temps, le «stressomètre» poursuit son ascension.

C’est alors que votre humble serviteur décide de lancer au hasard : « On pourrait aller voir au marché aux puces ».

L’instant d’après, je ressens fort probablement la même chose qu’Albert Einstein a ressentie lorsqu’il a présenté pour la première fois sa célèbre formule devant un collègue.

Oui oui, mon idée relevait visiblement du pur génie.

Alors, on part en famille au marché aux puces, et comme dans un film, il y a cette paire de patins à l’entrée du magasin sur une petite tablette sur laquelle est inscrit : « À donner ».

On les fait donc essayer à Charlot, et notre petit bonhomme est définitif : ce sont ces patins-là qu’il veut, et ils lui font à merveille.

On rentre alors quand même dans le marché aux puces pour lui faire essayer les autres modèles, mais décidément, la seule paire qui convient à ses pieds est celle qui était à donner.

Puis, comme la sortie scolaire est prévue pour le lendemain, on décide donc d’aller voir à la patinoire de l’O.B.L. (stade Saint-Sacrement) si Charlot sera à l’aise avec ses « nouveaux » patins, et quelques minutes plus tard, on voit bien à son allure triomphante que la partie est gagnée.

Moi, je suis là à l’observer, complètement ébloui, parce que voyez-vous, le patinage, c’est tout en haut de la liste des trucs que je ne suis jamais arrivé à faire.

Et puis, c’est une bonne chose que Julie et Charlot me fassent vivre ça, car jusqu’ici, l’atmosphère des patinoires m’avait toujours donné la poisse.

D’ailleurs, alors que je regardais Charlot enlever ses patins, tout en nous confiant à quel point il était satisfait de ceux-ci, il y a ce vieux souvenir qui a ressurgi dans ma mémoire.

Je devais avoir environ l’âge que Charlot a actuellement, et c’était justement lors d’une sortie scolaire à la patinoire de l’O.B.L. Il y avait tous ces enfants de mon âge qui filaient gracieusement sur la glace, et moi, j’étais là à ne même pas être capable d’avancer d’un millimètre, et c’est à ce moment qu’une question était apparue dans mon esprit : « Mais bordel, qu’est-ce qui cloche avec moi ? »

Ce que j’ignorais alors, c’est que cette question m’habiterait pour les trente prochaines années au moins.

Puis, Julie m’a sorti de mes rêveries en lui demandant de l’aider à détacher les lacets des patins de Charlot.

Mais alors que nous étions dans la voiture et que nous revenions triomphalement à la maison, voilà que Charlot nous lance comme ça : « Monsieur Patrick, mon prof d’éduc, il est vraiment gentil. Il a dit que les élèves qui n’auraient pas de patins, il leur en prêterait. »

Ici, je vous laisse imaginer le regard que j’ai lancé à Julie, puis le fou rire qui a suivi en pensant à tout ce stress qui avait été généré inutilement pendant la semaine.

Et puis, la fin, vous vous en doutez, c’est que le lundi, la sortie scolaire a été reportée.