L'ex-ministre fédéral et candidat à la mairie de Saguenay Jean-Pierre Blackburn.

Un message qui interpelle

CHRONIQUE / Il y a quelques jours de cela, j’ai reçu plusieurs messages en réaction à une chronique dans laquelle je m’adressais au maire Marc Asselin.

Comme chaque fois où j’ai abordé jusqu’ici la problématique des changements climatiques, j’ai donc reçu des réactions très divisées. D’un côté, on saluait le fait que ma tribune très privilégiée ait servi à défendre une cause très importante aux yeux de plusieurs citoyens, tandis que de l’autre côté, on me reprochait une fois de plus d’avoir sombré dans les discours de curé, étant donné que je me positionne ouvertement quant à cette problématique en affirmant qu’il s’agit d’un enjeu de société majeur et surtout, de plus en plus pressant.

Mais voilà que parmi tous ces courriels, un d’eux m’a pris par surprise, car celui-ci était en provenance d’un dénommé Jean-Pierre Blackburn. Maintenant, j’ignore s’il agit bel et bien de l’ancien politicien, mais les formulations employées dans son message ainsi que le choix délicat de chaque mot employé m’ont convaincu que si ce n’était pas lui, il aurait certainement apprécié avoir signé un message du genre.

Grosso modo, l’auteur du message me faisait part de son malaise quant à mon approche dans cette chronique où je tutoyais gros comme le bras le maire d’Alma.

Dans une autre vie, j’aurais probablement réagi furieusement devant une telle observation, mais le vieil homme en devenir que je suis gagne visiblement en sagesse, car voyez-vous, je crois sincèrement que sa réception quant à l’approche que j’ai adoptée était tout à fait légitime. D’ailleurs, les mots de M. Blackburn à cet effet méritent amplement que je vous les partage : « Quel est l’exemple que l’on donne en agissant ainsi ? C’est comme si les personnes en autorité, l’on s’en fout, et l’on n’a pas à les respecter ! Du moins c’est l’impression que ça donne en lisant l’article. »

Je trouve bien dommage que ma chronique ait pu être perçue de la sorte, d’autant plus que je dois reconnaître qu’ici, la seule personne à blâmer dans tout cela est nulle autre que moi. Alors que je croyais qu’il était assez clair dans mes propos que mon plaisir bien assumé à ne pas me plier aux conventions était une réponse à l’attitude du maire qui osait remettre en question l’autorité intellectuelle de la communauté scientifique qui s’époumone à sonner l’alarme, j’en conclus que j’ai failli en partie à cet effet. J’en suis sincèrement navré, car je suis certain que si j’avais pu éviter un tel malentendu, qui sait, j’aurais peut-être pu rallier encore plus de personnes ?

Mais au-delà de cela, il y a un autre élément dans le message de M. Blackburn qui m’a grandement interpellé et c’est lorsqu’il m’a fait remarquer que : « La démocratie demeure fragile..., tellement fragile. Et le travail des politiciens est devenu tellement difficile ! »

Ça m’a interpellé, car je crois faire partie de ceux et celles qui se préoccupent grandement de l’avenir de la démocratie. Alors qu’en France, la grogne populaire est si puissante que même le politicien le mieux intentionné de la planète serait accueilli avec cynisme et que du côté de nos voisins américains, on a souvent l’impression que tout l’appareil démocratique a été détourné au profit d’un groupuscule aux motivations inquiétantes, j’ai cette impression que l’état de la démocratie telle que je l’avais toujours connue dans les 38 dernières années n’a jamais été aussi précaire. Et pour être bien sincère avec vous, ça me fout vraiment la trouille.

En même temps, ça me choque d’une certaine façon de tenir de tels propos, car j’ai la conviction que le « système » a été pris en otage par une idéologie qui ne jure que par l’économie et qui fait fi de toute considération humaine.

Alors on fait quoi rendu là ? Tout ce que je sais, c’est que tant qu’on pourra dialoguer, il y aura encore de la lumière quelque part. Alors hop, j’espère avoir été clair en ce sens, monsieur Blackburn, mais oui, j’ai reçu positivement votre message, car il m’aura invité à me remettre en question, chose que j’aimerais humblement susciter un jour chez certains de nos dirigeants.