La planète Terre

Un futur très proche

CHRONIQUE / J’ai eu peur de bien des trucs dans ma vie et mon plus lointain souvenir à ce sujet est cette fois où j’avais rêvé qu’en passant devant une grande affiche montrant Neil Armstrong sur la Lune, j’avais entendu une voix me parler. L’affiche en question se trouvait dans le sous-sol de mon oncle Ghislain et dès l’instant où j’avais fait ce mauvais rêve, j’avais commencé à avoir une trouille pas possible chaque fois que je passais devant cette affiche que j’aimais beaucoup pourtant.

Plus tard, il y a eu le film Le train de la terreur qui m’a fait faire des cauchemars pendant je ne sais pas combien de temps. Chaque nuit, je rêvais que je me réveillais dans ma chambre dont les murs étaient tapissés de la satanée affiche du film où on pouvait voir un type qui tenait un couteau et qui portait sur le visage un masque de moustachu et là, je courais vers le rez-de-chaussée pour demander de l’aide, mais chaque fois, il y avait cette barrière invisible qui m’empêchait de descendre les escaliers.

Puis, les peurs qui m’habitaient sont devenues de plus en plus « ordinaires », à un tel point qu’aujourd’hui, ce que je crains le plus, c’est le futur.

D’ailleurs, il y a de fortes chances pour que vous partagiez les mêmes préoccupations que moi si d’aventure, il vous arrivait de visionner la fascinante série télévisée Année après année (Years and Years) qui a été produite par la BBC.

Grosso modo, la série écrite et réalisée par Russell T Davies nous propose de passer 15 ans au sein d’une famille qui traversera ensemble bien des tempêtes, mais aussi, quelques moments de bonheur. Mais là où cette oeuvre parvient à se distinguer et à s’élever, c’est que celle-ci débute en 2019 et ainsi, cette famille évoluera dans un futur extrêmement proche qui pourrait malheureusement ressembler à celui qui nous attend.

Ici, je dis « malheureusement », car sans vouloir jouer au gars qui vous gâche toutes les surprises, disons que le futur présenté dans Année après année n’a rien de bien jojo.

Tout d’abord, la crise environnementale ne va pas du tout en s’améliorant, causant de plus en plus de réfugiés climatiques en raison des inondations. Puis, le populisme continue son ascension, ce qui cause l’effritement des acquis sociaux des dernières décennies, en plus d’encourager une division entre les diverses puissances mondiales. Et tout ça, c’est sans compter les progrès technologiques qui, même s’ils permettent certains miracles, sont instrumentalisés par le pouvoir au dépens de la population.

Maintenant, je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, j’ai cette drôle d’impression comme quoi cette courte liste de « cauchemars du futur » s’apparente curieusement à ce qu’on peut voir dans l’actualité depuis quelques années et c’est justement là où Année après année peut arriver à vous foutre une trouille plutôt intense.

D’ailleurs, en considérant cela, ce n’est guère surprenant d’apprendre que la série a fait l’objet de vives critiques de la part de plusieurs spectateurs qui accusent celle-ci d’être une « commande » de la BBC. En effet, selon ses détracteurs, Année après année serait un outil de propagande orchestré par les « cryptogauchistes » qui dirigeraient la BBC.

Je dois quand même avouer que les adeptes de cette théorie n’ont peut-être pas entièrement tort lorsqu’ils voient dans la production de cette série un désir de convaincre les spectateurs quant à certaines idéologies préconisées par la gauche, mais même les auteurs de la série semblent se méfier de ces campements idéologiques en faisant dire à un de leurs personnages que de voter pour un parti d’extrême gauche s’apparente à voter pour un parti d’extrême droite.

Peut-être suis-je un être tristement optimiste, mais j’ai encore espoir que nous évitions en partie ces cauchemars annoncés. Et même si le futur a des airs d’un film d’horreur, les cinéphiles avertis savent toutes et tous que dans un tel scénario, la pire chose à faire est de se diviser.