Un beau voyage qu'on fait ensemble

CHRONIQUE / Ce n'est pas la première fois que je vous en parle, mais le boulot de chroniqueur, c'est parfois très bizarre.
Le truc, c'est que même si on est lu par des milliers de gens, on a la plupart du temps l'impression d'être seul. Tout d'abord, oubliez tout de suite le fameux cliché comme quoi on vous écrit tous les jours pour réagir à ce que vous avez écrit. Certes, ça arrive parfois, mais la plupart du temps, c'est le silence radio. 
Et puis hop, par un beau jour, alors que vous faites l'épicerie ou que vous allez voir vos courriels, ça vous frappe soudainement : « Bordel, je suis dans le quotidien de milliers de gens depuis quelque chose comme quatre ans. »
Parfois, c'est un homme qui tient à vous dire que vos chroniques ne l'intéressent pas du tout et bien sincèrement, je comprends ça. 
Des messages qui chamboulent
Mais bien honnêtement, la plupart du temps, ce sont des messages qui vous chamboulent et vous habitent longtemps. Je pense notamment à cette dame qui réagissait à ma chronique à propos de mon mal de dos. Bien entendu, je ne vous dévoilerai pas le récit qu'elle m'a partagé, mais je peux vous en passer un papier que ça m'a chaviré. Je vous dirai seulement qu'un mal de dos chronique, ça peut avoir des conséquences tragiques. Et puisqu'on y est, pour ceux et celles que ça intéresse, ce n'était pas un banal lumbago, mais bien une vertèbre déplacée. Ayayayaye. Mais bon, je suis en train de m'attacher à mon kinésiologue et j'ai bon espoir de revenir sur mes deux pattes d'ici quelques mois. D'ailleurs, je vous écris présentement debout.
Traqué par Jules
Je pense aussi à cet incroyable Jules que je me promets de rappeler chaque semaine. C'était au printemps passé. Je venais d'aller reconduire mon fils à l'autobus et voilà que, quelques secondes après être arrivé à la maison, ça cogne à la porte. Alors j'ouvre et il y a ce Jules qui ouvre grand les bras en me disant avec enthousiasme : « Je le savais ! C'est toi ! ». 
Maintenant, j'aurais normalement été troublé qu'un lecteur m'ait traqué jusqu'à ma maison, mais même si je ne connaissais pas personnellement Jules, c'était le père d'une bonne connaissance et l'oncle d'une bonne amie. Alors on a discuté pendant près d'une heure et, sans farce, chaque fois que ça cogne à la porte, je suis convaincu que c'est Jules qui rapplique pour me dire : « Hey, tu m'as pas encore rappelé. »
Un livre peut-être...
Il y a aussi André, que j'ai connu dans des circonstances un peu différentes. Vous savez, c'est ce type incroyable qui possède le fameux château de la rue Collard, à Alma. Si je n'avais pas été chroniqueur, j'aurais visité sa maison et ça se serait terminé là. Mais bon, suite à ma chronique, j'ai commencé à échanger régulièrement avec lui et ça risque même de se terminer par un projet de premier bouquin.
Tout ça, c'est complètement fou quand on y pense. Car oui, je suis peut-être dans le quotidien de ces nombreux lecteurs, mais peu à peu, vous commencez aussi à faire partie de mon quotidien de par les récits que vous me partagez.
Un privilège
À une époque où les journaux traditionnels disparaissent lentement, mais sûrement, je suis tout à fait conscient d'être privilégié de vivre une telle expérience. À 37 ans, je suis déjà un vieux chroniqueur.
J'ignore combien de temps ça durera encore, mais une chose est certaine, le jour où je ne signerai plus de chroniques, je gage que je me surprendrai à m'ennuyer d'entendre : « Ça vas-tu finir dans une chronique ça ? ».
Mais bon, tout indique que je devrais être là encore un moment et merci à vous d'être là. C'est un beau voyage qu'on fait ensemble.