Lors de La Noce, au début de l’été dernier, j’étais là sur scène devant un public hilare et enthousiaste et quand fut venu le moment d’interpréter Les Bebittes, j’avais cette impression d’être dans une bulle complètement à part du reste du monde. Me voici ici avec mon fils, Charles.

Tristan et Les Bebittes

CHRONIQUE / Tout a vraiment débuté par un fou rire et pour vous dire vrai, je suis d’avis que tout devrait toujours débuter par un fou rire.

C’était une autre de ces soirées où je marchais dans les rues désertes d’Alma, mais cette fois-là, je m’étais donné comme défi de mettre des mots et des mélodies sur de vieilles musiques instrumentales de mon cru que je traînais depuis quelques années.

Et puis hop, une idée m’est venue soudainement à l’esprit et l’instant d’après, j’étais là à rire tout seul en déambulant, impatient d’aller tester dans mon petit studio la petite trouvaille qui venait de surgir dans ma tête.

Cette trouvaille, c’était une chanson digne de ces vieilles comptines qu’on nous apprenait quand on était gamin et elle avait comme sujet les insectes, ou si vous préférez, les bebittes.

Après ça, c’est allé très vite. J’ai « lancé » la chanson sur le Web et quelques jours plus tard, j’apprenais à ma grande surprise que certaines radios commerciales la jouaient. Le rêve d’un vieil auteur-compositeur-interprète vous dites? Absolument.

Puis, au début de l’été, j’avais été invité à me produire sur scène lors de la première édition de La Noce et alors que je m’apprêtais à partir avec ma blonde et mon fils Charlot en direction de Chicoutimi, j’ai reçu ce message de Josée, la cofondatrice de Clowns thérapeutiques Saguenay.

Je me revois encore à ce moment-là, installé derrière le volant, alors qu’on venait tout juste de faire le plein et que je m’apprêtais à mettre la voiture en marche. J’ai lu rapidement le message et la seconde d’après, je fondais en larmes devant le regard inquiet de ma blonde et de mon fils. 

Le truc, c’était que Josée venait de m’apprendre que Tristan Boily était parti et ainsi, elle souhaitait me faire savoir que ma chanson Les Bebittes l’avait accompagné dans son combat ultime contre la maladie, et ce, même après qu’il ait rendu son dernier souffle. Le jeune garçon de Jonquière avait été emporté, à l’âge de huit ans, par une rechute du cancer.

Tout d’un coup, cette chanson qui m’avait semblé jusqu’ici tout simplement rigolote venait de prendre une tout autre portée. 

Alors, quelques heures après avoir pris connaissance du message de Josée, j’étais là sur scène devant un public hilare et enthousiaste et quand fut venu le moment d’interpréter Les Bebittes, j’avais cette impression d’être dans une bulle complètement à part du reste du monde. 

Les mois ont suivi et chaque fois que j’interprétais Les Bebittes sur scène, je repensais à Tristan et même si je n’avais pas eu la chance de le connaître, c’était comme si quelque chose d’invisible m’unissait à lui et pour vous dire la vérité, j’en étais honoré.

Puis, il y a quelques semaines, Josée m’a contacté pour me demander si j’acceptais d’aller interpréter Les Bebittes lors d’une soirée-bénéfice pour Clowns thérapeutiques Saguenay. Ce soir-là, on adresserait un hommage à la mémoire de Tristan et ma mission serait de remettre le sourire sur le visage des spectateurs. 

Alors voilà, mercredi soir, j’étais là dans la petite loge à côté de la scène et pendant que j’entendais le clown interprété par Josée chanter une chanson à vous broyer le coeur de par sa beauté, j’attendais mon « cue » pour monter sur scène, luttant contre les larmes qui semblaient bien décidées à envahir mes yeux.

Je suis ensuite monté sur scène, j’ai chanté en jetant quelques regards à mon acolyte Boca et ça m’a semblé durer 10 secondes et c’était fini.

Après cela, un homme est venu à ma rencontre dans la petite loge et il s’est présenté: c’était Mario, le père de Tristan. On s’est pris dans nos bras et j’ai pleuré un petit moment. 

Mario m’a ensuite parlé de Tristan qui aimait écouter Les Bebittes en boucle chaque fois qu’il devait se rendre à l’hôpital.

J’ai pleuré encore.

Et puis je ne sais comment, mais on a fini par rigoler à nouveau. 

« Hey Mario, tu sais quoi? J’aimerais ça qu’on se revoit un de ces quatre. Devenons amis! », que j’ai lancé avec enthousiasme.

Autour de nous, il y avait tous ces clowns thérapeutiques qui assistaient à la scène et c’est là que j’ai réalisé que chaque petit fou rire est le début de quelque chose d’autre.