Soyons attentifs à l'amour

CHRONIQUE / J’ai déjà pas aimé le temps des Fêtes.

C’est arrivé dans la vingtaine, je crois. Le truc, c’est que ma vingtaine a été en quelque sorte une extension de mon adolescence, mais sans les avantages associés à cette époque.

Tout d’abord, j’avais officiellement débuté « ma vie d’adulte » et ainsi, l’époque où « congé du temps des Fêtes » rimait avec « plusieurs semaines de congé » était bel et bien révolue. Et puis hop, en plus de ne plus avoir l’âge de recevoir des cadeaux cools, la seule constante que je suis arrivé à maintenir pendant ma vingtaine, ça aura été de garder mon compte en banque pratiquement en permanence dans le négatif.

En d’autres mots, le temps des Fêtes devenait donc une double source d’anxiété pour le jeune homme que j’étais. D’un côté, je n’avais pas une cenne pour offrir des cadeaux dignes de ce nom à ceux et celles que j’aimais, mais en plus, je devais affronter les nombreuses discussions où mes cousins et cousines parlaient de leurs avantages sociaux, de leurs acquisitions, de leurs voyages, de leurs jobs respectables et généralement très payantes, de leurs projets de rénovation et tout le tra la la.

Ici, qu’on se comprenne, personne ne faisait ça de mauvaise foi pour me faire sentir poche, mais comme je suis un peu orgueilleux, je voyais cela comme un miroir qui me confrontait à mes choix professionnels qui ne faisaient que me mener vers des destinations hasardeuses. La suite, elle est plutôt convenue, mais comme me le faisait remarquer quelqu’un récemment, les clichés, ça existe parce que ce sont des trucs qui arrivent plus souvent. Alors voilà, ce que j’appelle la Prophétie de Greg s’est produite. Ça, c’est un truc que mon vieil ami Grégory m’avait dit lors de ma vingtaine, alors que j’étais habité par cette impression que je ne revivrais plus jamais cette sensation de la première fois : « Ne désespère pas cher ami, tu revivras plusieurs de ces premières fois à travers les yeux de tes enfants. »

Ainsi, comme je vous disais, c’est plutôt convenu, mais bon, dès que Charlot est arrivé dans ma vie, j’ai recommencé à aimer le temps des Fêtes. Tout d’un coup, je n’en avais plus rien à cirer des vies extraordinaires des autres, car la mienne était soudainement devenue magique. Le fric, le travail et tout le reste ? Rien à cirer non plus, car j’avais maintenant le meilleur des boulots : père de Charlot. Les cadeaux ? Eh bien ! , on n’aura jamais reçu autant de cadeaux cools que lors des premières années de Charlot et puis je n’avais même pas à me creuser la tête pour en trouver pour ceux et celles que j’aimais, car la seule présence de mon fils en était un en soi. Et au-delà de tout ça, l’arrivée de Charlot m’avait fait réaliser un truc pas possible : le bonheur, celui que je n’osais même plus espérer, il était déjà là tout autour de moi. Dans le regard affectueux de ma famille, dans les éclats de rire qu’on partage entre deux anecdotes, dans ces lointains souvenirs qui refont surface à travers nos cousins et cousines et même dans les petits drames des neveux ou nièces qui ne veulent pas aller se coucher même s’ils dorment debout. Maintenant, n’allez surtout pas croire que je vais vous servir une bonne platée de morale en vous disant qu’il faut absolument aimer le temps des Fêtes. On a le droit de ne pas aimer ça et comme vous avez pu le constater, les raisons peuvent être multiples. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on n’aime pas le baloney qu’on est obligé d’aller à l’épicerie et de demander au boucher de le sortir du présentoir afin de lui donner un coup de poing.

En d’autres mots, j’aimerais seulement vous encourager à profiter de ce moment pour être attentif à l’amour. Oui, je sais, c’est quétaine en sapristi. Or, on passe l’année à se faire répéter qu’il faut réussir dans la vie, qu’il faut bouffer les autres avant qu’ils ne vous bouffent et à se faire influencer par le pouvoir à se diviser, alors pourquoi ne profiterions-nous pas de cette période de l’année pour nous aimer et nous unir.

Faut croire que je vieillis, car c’est maintenant là à mes yeux la meilleure façon de dire au système de nous sacrer patience. 

Alors soyons donc punks un peu et donnons de l’amour.