S’enivrer sans trop de douleur

CHRONIQUE / La semaine dernière, je prenais un verre avec mon vieil ami Daniel.

Quand vint le temps de nous commander quelque chose, j’ai demandé à l’employée si cela lui posait un problème dans l’éventualité où je commanderais un Long Island Iced Tea.

Le truc, c’est que pour avoir quelques amis qui travaillent ou qui ont travaillé dans les bars, je sais qu’il existe certains drinks qui sont emmerdants à préparer et un Long Island Iced Tea peut souvent faire partie de cette catégorie.

C’est comme à la crèmerie. Vous savez, je commande toujours un lait frappé aux fraises et, pendant deux ou trois ans, j’étais constamment habité par la crainte que chaque fois que l’employée de la crèmerie me voyait arriver, elle se disait intérieurement : « Ah non, pas le gars aux milk shakes aux fraises ». Alors hop, un jour, je lui ai demandé si c’était pénible à préparer et elle m’a tout simplement répondu que non. Si je me souviens bien, le truc qui est vraiment le plus ennuyant à préparer dans une crèmerie, ce serait les volcanos, cette espèce de mélange de barbotine et de crème molle.

Mais bon, revenons maintenant à nos moutons.

Alors, je demande poliment à la fille si ça lui pose un problème et elle me répond que, dans certains cas, elle se serait contentée de me filer une espèce de « prémix », mais que comme c’est une soirée plutôt tranquille, elle va se faire un plaisir de m’en préparer un qui respecte fidèlement la recette.

Évidemment, ça fait mon bonheur et, pendant qu’on attend que nos verres arrivent, Daniel me demande ce que c’est un Long Island Iced Tea. Je commence alors à lui expliquer que c’était un mélange d’alcool qui servait à bluffer les autorités à l’époque de la prohibition. 

« Je te jure, mec, c’est super fort en alcool et pourtant, ça ne goûte pas et ça ne sent pratiquement pas l’alcool. »

Et puis hourrah, ce fameux Long Island Iced Tea arrive.

Daniel y goûte et, tout en affichant un air surpris, il me confirme que ça goûte bel et bien le thé glacé et qu’on pourrait pratiquement croire que ce truc ne contient aucun alcool.

Puis il me lance : « Au fond, c’est comme l’ancêtre de la FCKDUP ».

Bordel. C’est qu’il avait exactement raison.

Maintenant, ceux et celles qui me connaissent savent certainement qu’à partir de ce moment, ça m’est resté dans la tête et que j’y ai repensé fréquemment.

J’ai tout d’abord pensé à la 4 LOKO qui a récemment fait les manchettes en causant une panique généralisée (et disons-le, somme toute justifiée) chez plusieurs parents. Puis, j’ai pensé à la fameuse Colt 45 de mon adolescence, cette bière de synthèse qui ne goûtait pas la bière et qui intoxiquait davantage qu’elle rendait ivre. 

Ensuite, j’ai pensé à ces « coolers » qui avaient commencé à apparaître sur le marché quand j’étais gamin.

Et bien entendu, ces fameuses scènes d’adolescents qui versent de l’alcool dans le bol à punch de la fête scolaire.

Bref, ce n’est pas d’hier que l’humanité fait des pieds et des mains pour que tout le monde puisse s’enivrer rapidement et sans trop de douleur.

Réflexion sur le temps

Il me semble que lorsque j’étais petit, le temps se divisait en espèces de cases. Il y avait des heures, des jours et des semaines.

Or, j’ai comme cette impression que plus les années avancent et que plus le temps se divise en petites fractions. À titre d’exemple, hier, avant de me coucher, je n’allais pas travailler « demain », mais bien dans quelques heures. 

Le prochain Star Wars ne sortira pas à Noël, mais dans « x » jours.

Ça peut sembler idiot comme observation, mais c’est un peu comme si le temps suivait ma façon d’écouter de la musique.

Autrefois, j’écoutais des chansons qui faisaient partie d’un album.

Aujourd’hui, j’écoute de la musique en continu, bondissant d’une chanson à l’autre et d’un album à l’autre.

Mais bon, à la fin, qu’est-ce que ça change ? Ça ne nous donne pas plus de temps.

Maintenant, pardonnez-moi si je vous ai fait perdre votre temps avec cette réflexion.