Scorpion bleu, Scorpion rouge

CHRONIQUE / Le Scorpion bleu, c’était mon premier char. Et là, qu’on se comprenne bien, ce n’était ni une voiture ni une automobile, mais bien un char.

C’était un Toyota Corolla qui datait probablement d’avant le 11 septembre 2001 et le jour où mon beau-père m’en avait fait cadeau, je me souviens qu’avant de m’installer sur le siège du conducteur, je m’étais dit un truc du genre : « Statistiquement, il y a de bonnes chances que je me tue dans cette bagnole. »

Au final, j’aurai seulement vécu ma première sortie de route avec le Scorpion bleu, et le pauvre diable n’aura jamais eu raison de ma peau, car il sera mort de sa belle mort avant de parvenir à causer la mienne.

Au cours des années suivantes, ma blonde s’est fréquemment surprise à m’entendre parler avec nostalgie du Scorpion bleu. Qui aurait pu croire que je ressentirais un véritable attachement à l’égard d’une simple voiture.

Puis, un jour, Julie m’a annoncé que mon parrain avait l’intention de se départir de son Toyota Camry. Bien que ce n’était pas un Toyota Corolla, comme le Scorpion bleu, j’ai immédiatement vu en cette voiture son digne successeur.

Alors hop, voilà qu’au début de l’été, mon parrain venait me chercher pour procéder à la passation de la voiture et quelques heures plus tard, j’étais là à déambuler fièrement dans mon nouveau char, tout en écoutant à plein volume ma cassette de Technotronic.

Je crois qu’avant même de voir de mes yeux cette nouvelle voiture, je l’avais déjà baptisée le Scorpion rouge.

D’ailleurs, il n’y a pas que moi qui me suis emballé pour le Scorpion rouge, car Billy le chien en est devenu un grand fan. Le truc, c’est que comme Billy est encore un bébé, nous préférons éviter qu’il monte à bord de la voiture neuve de mon amoureuse, et le Scorpion rouge est donc devenu, en quelque sorte, son char.

Or, le monde de Billy s’est soudainement effondré, il y a quelque chose comme deux semaines. Nous étions allés chercher Charlot chez son ami Samuel et voilà qu’au moment de repartir en direction de la maison, le tableau de bord du Scorpion rouge s’est transformé en une espèce de kit de lumière d’un spectacle de Pink Floyd. Ça flashait de partout. La voiture ne voulait plus démarrer.

On a donc dû faire remorquer le Scorpion rouge jusqu’à la maison afin que mon beau-père René y jette un coup d’oeil, puis après quelques jours, il m’a annoncé que la batterie avait probablement eu un mauvais coup et que tout semblait maintenant sous contrôle.

L’instant d’après, je repartais donc fièrement avec Billy à bord du Scorpion rouge, et nous allions célébrer cela avec un Burger Beyond Meat chez A & W.

Toutefois, alors que j’attendais au service à l’auto, j’avais comme cette impression que le moteur du Scorpion rouge faisait de l’asthme. Et puis, plus les minutes avançaient, plus le Scorpion semblait plutôt être sous le coup d’une allergie aux fruits de mer. Un humain aurait commencé à siffler en respirant.

La dame du A & W m’a remis mon burger et juste au moment où je m’apprêtais à sortir du stationnement… plus rien.

Au même instant, des petits flocons de neige commençaient à tomber du ciel et comme le Scorpion rouge était complètement en panne, j’étais là à fixer le vide, incapable de refermer les fenêtres de la voiture, alors que Billy se demandait bien quand on repartirait à l’aventure.

C’est à nouveau mon beau-père qui est venu à ma rescousse et quelques jours plus tard, j’apprenais qu’en fait, mes récents déboires avaient été causés par un problème d’alternateur.

Tantôt, je suis allé chercher le Scorpion rouge au garage. Il y a un truc qui m’a frappé. J’étais là à regarder les autres clients et les mécanos, et même si je savais que ces gens avaient tous plus ou moins mon âge, j’étais vraiment habité par ce sentiment que j’étais encore qu’un simple gosse parmi tout ce monde.

Je ne sais pas trop ce qu’il y a à retirer de tout ça, mais bon, j’aurai certainement l’occasion d’y repenser la semaine prochaine en allant faire installer mes pneus d’hiver.