Sans rendez-vous

CHRONIQUE / Alors voilà. Par un beau lundi matin, ce que nous redoutions la veille s’était concrétisé.

En d’autres mots, ce qui avait semblé n’être qu’une vilaine fièvre passagère au cours des deux derniers jours s’était donc transformée en une espèce d’amygdalite. Résultat: mon gars de 7 ans parlait comme Éric Lapointe le lendemain d’un ses shows de fin d’année et en guise de bonus, on aurait pu sauver quelques dollars d’électricité en se servant de son front brûlant pour faire cuire les oeufs du déjeuner.

Les parents en savent quelque chose: personne ne veut d’un matin comme ça.

Voilà donc qu’à 7h40, c’est le branle-bas de combat. Un peu comme si un membre de la famille était candidat à un concours de chant télévisé, on sollicite la famille pour téléphoner en grand nombre, sauf que cette fois-ci, ce n’est pas une carrière professionnelle qu’on tente de faire gagner, mais un bordel de rendez-vous chez le médecin.

7h56, les lignes vont bientôt ouvrir et comme la fenêtre sera de courte durée, on se dit qu’il vaut mieux ne prendre aucune chance. Alors on commence déjà à signaler à répétition le numéro du bureau du médecin en priant le ciel qu’un miracle finisse par survenir et qu’au lieu de la boîte vocale, ce soit la réceptionniste qui finisse par nous répondre.

Puis, à 8h03, quand par pur bonheur, vous entendez la voix de la réceptionniste, c’est pour qu’elle vous dise que tous les rendez-vous « sans rendez-vous » sont déjà complets pour la journée. « Va falloir rappeler demain matin », qu’elle vous répondra.

Évidemment, comme ici il est question de santé, c’est très émotif et même si la réceptionniste vous avait appris la mauvaise nouvelle en vous informant que vous aviez toutefois gagné 100 dollars, vous seriez quand même en crisse.

Mais bon, on ne gagne jamais 100 dollars en appelant le médecin et il vous faudra bien de la chance pour que la réceptionniste vous annonce la mauvaise nouvelle avec un semblant de compassion.

Ici, on pourrait être tenté de croire qu’elle s’en tape royalement de vous et de votre gamin qui est brûlant de fièvre, mais ce à quoi nous ne pensons pas, c’est que cette femme, c’est l’histoire de tous ses matins de semaine.

Alors que moi, ma journée de travail débute en répondant à deux ou trois messages que des collègues ou amis m’ont envoyés la veille, et ce, pendant que j’entends au loin mon café en train de couler, elle, la réceptionniste du docteur, elle sait que c’est le Vietnam chaque matin. C’est un peu comme un gros rush du midi chez McDo, mais elle est seule à la caisse et elle sait que dans le réchaud derrière elle, il ne reste que cinq Big Mac alors que tous les clients qui sont devant elle sont affamés.

Alors hop, en visualisant tout ça, on comprend assez vite pourquoi la compassion finit par prendre le bord.

Ce qui me frappe dans tout ça, c’est que chaque fois qu’un employé de la santé lève la main et nous fait signe que ça chie dans le ventilo, on finit toujours par nous ressortir un type du gouvernement qui vient nous endormir en nous racontant que les choses vont changer et que la situation est bien moins critique qu’on ne pourrait le croire.

Or, le gouvernement, il ne passe pas tous ses matins à dire à des gens malades qui sont au bout du rouleau qu’on n’a aucune plage horaire de disponible pour les recevoir.

Le gouvernement, il n’arrive jamais 25 minutes après un appel au 911 alors que la personne qui avait besoin d’aide était déjà dans un état jugé comme étant critique.

Le gouvernement, il ne fait pas 8 quarts de travail en ligne à tenter de faire le boulot pour quatre autres personnes.

Pour dire vrai, je ne sais pas ce qu’il fait le gouvernement.

Par contre, je sais ce que je peux faire moi. C’est bien peu de choses, mais je me dis qu’en gardant constamment en tête que les employés de la santé font ce qu’ils peuvent avec le peu qu’ils ont, ça aide à demeurer conciliant et c’est peut-être là la moindre des choses que ces gens mériteraient de notre part. 

Et qui sait, peut-être qu’un jour, ça ne sera plus un casse-tête d’obtenir un rendez-vous chez son médecin de famille.