Marina Larouche

Sains et saufs grâce à Marina

CHRONIQUE / Je suis probablement encore en vie grâce à Marina Larouche.

Le truc, c’est que vendredi dernier, j’avais des engagements qui m’obligeaient à traverser le Parc, ou pour les puristes qui préfèrent les appellations officielles, la Réserve faunique des Laurentides.

J’avais passé la veille de mon départ à surveiller maladivement les prévisions météorologiques et bien qu’on annonçait une espèce de pratique de l’apocalypse, rien n’indiquait que l’accès au Parc serait fermé.

En d’autres mots, je n’avais pas vraiment de raisons de ne pas respecter mes engagements et ainsi, il faudrait que je me lance.

Ici, je suis un peu de mauvaise foi en vous racontant ça, car en fait, je devrais plutôt parler au « on », car j’avais entraîné avec moi un de mes plus grands amis, Boca, dans cette aventure. Alors hop, la veille, on s’était entendu comme quoi que si jamais nous entendions dire que le Parc était dangereux, nous annulerions le concert que nous devions présenter ensemble à Québec. Or, voilà que le vendredi matin, même si les prédictions des météorologues s’avéraient exactes, la mini-apocalypse n’avait pas convaincu les autorités de déclarer que la conduite dans le Parc était impraticable.

On s’est donc donné rendez-vous au stationnement du Costco de Chicoutimi, où j’allais pouvoir y laisser mon véhicule pour ensuite monter à bord de la voiture de la maman de Boca, qui nous avait généreusement prêté son véhicule, car celui-ci ne risquait pas d’exploser en chemin et en plus, il était doté de pneus d’hiver. Je crois que je me souviendrai longtemps de cet instant où on s’est finalement attaqué à la route.

Autour de nous, une espèce de nuage de poudreuse laissait croire qu’à quelques mètres devant et derrière nous, il n’y avait que le néant.

Et puis hop, juste pour qu’on se sente encore plus en confiance, c’était une de ces fins de journées étrangement sombres où il était évident que la Lune ne se pointerait jamais le bout du nez.

Je vais devoir avouer que le sang-froid de Boca m’a vraiment étonné.

Si j’avais été au volant de la voiture, nous aurions probablement roulé à quelque chose comme 20 km/h. Mais Boca lui, dans cette toute première tempête infernale de l’année, il ne bronchait pas et filait à toute allure. Et ici, quand je dis à toute allure, je vous parle d’un « toute allure » de type tempête avec zéro visibilité, donc 70 km/h. À un certain moment, Boca a suggéré que nous écoutions les chansons que nous allions présenter lors de notre spectacle en soirée dans l’éventualité où nous parvenions à arriver vivants à Québec. « Toi, tu vas pouvoir pratiquer tes textes que tu vas chanter et moi, je vais pratiquer mes backvocals », qu’il a dit.

Alors on a fait ça et pendant une bonne heure, on était là à rouler à 70 km/h en chantant comme des demeurés. Puis, après un trajet qui a probablement duré près de 3 heures, nous avons vu apparaître les lumières rassurantes de la civilisation. C’est alors que Boca m’a confié qu’au moment où il m’avait proposé que nous chantions, c’était qu’il avait un peu la trouille. Et là, je m’en veux de vous dire ça, car ce n’était pas exactement de la peur, mais un truc du genre. Vous savez, cette sensation qui nous habite quand on est sur le qui-vive depuis des heures ?

J’ai beaucoup repensé à ce trajet extrême au cours des derniers jours et sincèrement, je me dis qu’à l’époque où la route du Parc n’était qu’une longue voie partagée par les véhicules qui roulaient dans les deux sens, peut-être aurions-nous vécu un tragique face à face ou un bête accident. Et puis hop, je me suis mis à extrapoler en me demandant combien de morts tragiques avaient été évitées depuis la modernisation de la 175. C’est con, parce que les morts qu’on évite, on n’en parle pas. Et pourtant, si jamais on en connaissait le compte exact, on se rendrait peut-être compte que la ténacité de Marina Larouche a contribué à sauver plus de vies que l’ont fait bien des gens que l’on considère comme de véritables héros.

Alors voilà, merci Marina de nous avoir peut-être sauvé la vie. Et puis au diable les économies, merci Marina de nous avoir sauvé la vie.