Le respect des traverses piétonnières est particulièrement crucial en cette période de rentrée scolaire.

Risquer sa vie en étant courtois

CHRONIQUE / J'ai vraiment l'impression de radoter de ces temps-ci.
L'affaire, c'est que je m'apprête à vous parler d'un truc dont je vous ai déjà parlé et j'ai comme le feeling que je pourrais vous en reparler pendant les vingt prochaines années tellement ça ne semble pas parti pour changer.
Voyez-vous, je suis un automobiliste tardif. C'est-à-dire que je n'ai eu mon permis de conduire qu'à l'âge très honorable de trente ans. En d'autres mots, j'ai pris de mauvais plis et même si je conduis pratiquement tous les jours, je suis encore un piéton dans mon coeur.
Ainsi, chaque fois que je roule à proximité d'un passage pour piétons, je deviens comme fou. On dirait que dans ma tête, je me dis : « Eh ! Boboy ! C'est l'occasion ou jamais de faire ce que presque personne t'a fait mon pote. » Cette chose que presque personne ne m'a faite, c'est tout simplement de s'immobiliser et de laisser passer le ou les piétons. 
Or, bien qu'il serait tout à fait logique que tout le monde fasse ça, étant donné que c'est ce que le Code de la route nous ordonne de faire, je peux vous passer un papier qu'à Alma, ça relève du sport extrême. Entre arrêter son véhicule à un passage pour piétons et se jeter dans un volcan en éruption, je me demande sincèrement ce qui est le plus dangereux.
Par exemple, voilà qu'il y a quelques jours, j'aperçois une maman et son garçon qui attendent devant le passage au centre-ville, juste en face de l'église Saint-Joseph. Dès que je vois ça, je deviens fou de joie comme un balai qui vient de voir arriver un aspirateur à la maison. Donc dans un élan incroyable d'enthousiasme, j'arrête ma voiture tout en lançant un sourire à ces deux piétons afin de les inviter à emprunter le passage. Mais au même moment, j'aperçois dans mon rétroviseur un (...) de gros pick-up blanc (je ne vous invente même pas ça) qui passe à un cheveu de me foncer dans le derrière. 
Alors que les deux piétons ont presque peur d'emprunter le passage, je sens dans mon dos deux gros couteaux de Rambo qui sont propulsés directement des yeux du conducteur du pick-up blanc. Et puis juste pour être certain que j'ai bien compris le message, le gars pèse à répétition sur sa pédale de gaz de façon à ce que son moteur fasse des « vroum-vroum ». En langage de chars, ça veut dire : « Hey petit con, dégage du chemin, on est icitte pour rouler. »
Je vous le dis, si ce gars-là était maire de la ville, il placerait des policiers à tous les coins de rue pour crier aux piétons de dégager le chemin. Et même si je vous dis ça évidemment à la blague, je suis convaincu que si on essayait de faire voter une loi absurde du genre, on trouverait sans difficulté des gens pour l'appuyer.
D'ailleurs, je vous raconte ça et je ne vois vraiment pas comment on pourrait faire pour inverser la vapeur. Parce que visiblement, ça va bien au-delà de la loi et du Code de la route. Ça semble être incrusté dans notre culture. Une culture de chars où c'est « too bad » pour toi si tu es un crétin qui a décidé de marcher. Mais surtout, une culture où la courtoisie est ultra-optionnelle et où il faudrait vraiment être malchanceux pour écoper d'une contravention pour avoir ignoré un passage pour piétons. Et puis hop, une culture où on peut même faire de l'intimidation cheapette auprès des autres automobilistes qui osent faire preuve de courtoisie.
Alors qu'est-ce qu'on peut faire ? Baisser les bras en se disant : « C'est que tu veux mon chum, le monde peut pas être parfait... » ? Prier la police pour qu'elle mette en branle un plan d'intervention et de sensibilisation ?
Je l'ignore totalement. Mais bon, si j'avais plus de temps libre, je placerais une caméra devant le passage pour piétons en face de l'église Saint-Joseph et je m'amuserais à essayer de l'emprunter quand des véhicules approchent. J'imagine très facilement qu'il me faudrait peu de temps pour démontrer que pratiquement tout le monde s'en fout. Mais bon, j'ai encore quelques belles années devant moi et l'idée de me faire frapper par un pick-up pour l'amour de la science ne m'enthousiasme pas tant que ça. 
Je préfère continuer à risquer ma vie en étant courtois.