Remplir le vide avec du vide

CHRONIQUE / Il y a quelques jours de cela, j’avais ressorti un vieux Walkman jaune trouvé au marché aux puces afin d’écouter de vieilles cassettes que je traîne depuis une vingtaine d’années.

Le truc, c’est que lorsque j’avais 18 ans, mon amoureuse de l’époque m’avait offert un dictaphone afin que je puisse y enregistrer les idées de chansons ou de scénarios de film qui me passaient par la tête.

Comme j’avais des amis aussi fous que moi, on passait constamment notre temps à capturer des archives de nos fêtes et de nos différents délires. 

Maintenant, je vais vous avouer que ça ne s’écoute pas très bien et que je ne vois pas quand je pourrais trouver assez de détermination pour me retaper tout ça, mais je m’entête à continuer à traîner ces cassettes. Qui sait, peut-être qu’un jour je trouverai un sens à tout ça ?

Ce soir-là, je m’amusais donc à survoler ces cassettes dans l’espoir de tomber sur un diamant caché et malheureusement, j’en ai découvert un.

Le diamant en question, c’est un enregistrement du Joël de 19 ans qui appelle à une ligne ouverte. Déjà, juste ça, c’était assez pour me déstabiliser, car je n’avais absolument aucun souvenir d’avoir déjà appelé à une ligne ouverte, si ce n’est la fois où j’avais fait une blague à Sexe et Confidences.

Le débat du jour portait alors sur le toit du Stade olympique et le Joël de l’époque, du haut de ses 19 ans, avait une opinion à partager au Québec entier. 

Ici, je ne vous transcrirai pas exactement mes propos, mais en gros, ça s’apparentait à un discours du genre : « Je trouve ça complètement aberrant qu’on continue à payer pour cela. C’est une vraie farce. Ça fait 20 ans qu’on paie pour rien. Écoutez, j’ai 19 ans et ça chiait déjà avant ma naissance. »

J’en conviens, plus vide que ça, et on pourrait s’en servir pour aspirer des trous noirs.

Je dois aussi vous avouer qu’en écoutant cette embarrassante archive de mon passé, ma tête a été traversée par des milliers de questions. Pourquoi voulais-je tant donner mon opinion sur un sujet dont j’ignorais pratiquement tous les détails ? Pourquoi ai-je senti le besoin de déclarer mon âge ? En quoi mes propos auraient pu faire avancer quoi que ce soit ?

Et puis hop, après y avoir pensé quelques jours, et ce, même si je n’ai toujours aucun souvenir de cet incident, je crois être en mesure de pouvoir faire une reconstitution de ce qui a pu se passer. 

Ma théorie est donc que je suis tombé sur une ligne ouverte au moment où on annonçait qu’on prenait les appels. J’ai signalé par curiosité et par une « chance » extraordinaire, je suis parvenu à obtenir la ligne. Ensuite, j’ai certainement dû être enivré par cette opportunité qui se présentait enfin à moi de parler à la radio tout en faisant fi du fait que je n’avais rien de constructif à ajouter sur cette histoire de toit olympique. 

Pour être bien honnête avec vous, bien que ce retour dans le passé m’ait légèrement embarrassé, ça m’a quand même permis de réfléchir à propos de tout ce bruit autour de nous.

Ce bruit qu’on entend à la radio, qu’on lit sur les réseaux sociaux ou qui passe en boucle sur les chaînes d’information.

Certes, on a plus de tribunes à notre disposition qu’on n’en a jamais eues auparavant afin de s’exprimer sur nos enjeux de société, mais a-t-on vraiment suffisamment de contenu afin de nourrir cette bête ? Et la fameuse cassette qu’on reproche aux politiciens de répéter sans cesse, fait-elle écho à cette cassette qui joue sans cesse sur de nombreuses tribunes afin de combler tout ce temps d’antenne et ce vide à combler ?

Tout ça me fait penser à une anecdote qu’un bon ami m’avait racontée. Le gars travaillait pour une chaîne d’infos en continu et un jour, on avait filmé en direct un avion en détresse dans le ciel, et ce, pendant un bon moment. Alors que l’équipe tentait de trouver des infos à propos de cet avion, un zoom de caméra avait finalement dévoilé qu’en fait, on filmait un oiseau depuis tout ce temps.

C’est quand même fou à quel point un oiseau peut nous en apprendre sur nous.