Pourquoi est-ce si compliqué?

CHRONIQUE / Je ne sais pas si les buveurs d’alcool se sentaient comme ça à la veille de l’arrêt de la prohibition, mais entre vous et moi, à voir comment le gouvernement tente de jongler avec la légalisation du cannabis, je serais presque tenté de vous dire que finalement, on aurait dû laisser ça comme ça.

Je vous dis ça, car bien que je ne surveille pas de façon compulsive les moindres avancées concernant le dossier, chaque fois que j’entends ou que je lis une nouvelle à ce sujet, les deux bras m’en tombent tellement que j’aurais besoin d’être une pieuvre pour que ça tombe suffisamment. 

Alors hop, chaque semaine, on entend un élu ou un fonctionnaire quelconque qui y va de son mot d’esprit à propos de cette légalisation qui s’en vient à grands pas. Et alors qu’on aurait pu profiter de cette occasion pour faire quelque chose de grandiose et révolutionnaire qui aurait même pu servir d’inspiration pour d’autres gouvernements, on semble vraiment baigner dans l’improvisation la plus pure qui soit.

D’un côté, vous avez les politiciens qui, visiblement, ne s’en sont pas grillé un depuis un bon moment et qui tentent de montrer qu’ils sont quand même dans le coup en nous régurgitant les « briefings » maladroits que leurs attachés de presse leur ont garrochés entre deux réunions.

Et puis de l’autre côté, on a cette armée de loups assoiffés d’argent qui ne voient dans cette légalisation qu’une autre opportunité de s’en mettre plein les poches.

Et les gens comme votre beau-frère un peu bizarre qui semble toujours sortir de la piscine avec ses yeux rouges, mais qui a quand même un bon boulot, qui est un bon père de famille et qui fait religieusement tous ses « stop » même quand la police n’est pas dans les parages, est-ce qu’on lui a demandé son avis ?

Et les gens qui souffrent de la maladie de Parkinson et qui aimeraient parfois avoir un petit break de la maladie ?

Et les gens qui souffrent du cancer et qui aimeraient peut-être atténuer leurs nausées et, qui sait, retrouver l’appétit ?

Et le gars qui fait juste fumer un joint de temps en temps parce qu’il n’aime tout simplement pas le goût ou les effets de l’alcool ?

Rien. Que dalle. Niet. Le vide.

Ces gens ne semblent tout simplement pas faire partie de l’équation. 

Ou du moins, leur expérience, leur savoir et leur culture ne sont nullement pris en compte, car à la fin, tout ce qu’on veut savoir, c’est combien de pot ils pourraient acheter, combien d’argent ça rapportera et enfin, quels sont les risques qu’ils fassent une overdose de pot.

Quand je pense au processus de légalisation en cours, l’image qui me vient en tête, c’est celle d’un gars à qui on a demandé d’organiser un tournoi de hockey, mais que tout ce qu’il connaît du hockey, c’est le film Les Boys.

Et je vous dis ça et bien que j’exagère légèrement, j’ai l’étrange impression que l’image n’est pourtant pas si loin de la réalité.

D’ailleurs, j’ai bien hâte de voir comment cette commercialisation se mettra en branle.

À titre d’exemple, je suis très curieux de voir sur quelle base on engagera les commis de la SAQ du pot. Est-ce qu’on aura affaire à de fins connaisseurs ou à des employés qui vous répéteront ce qu’on leur a appris lors d’une formation ?

Sinon, est-ce qu’on pourrait penser que tous les consommateurs de cannabis feront nécessairement le grand saut vers le commerce légal ?

Je dis ça, car si on se met à limiter le choix des consommateurs, notamment en régulant les produits selon leur taux de THC, je peux vous en passer un papier à rouler que bien des habitués du tabac de course n’effaceront pas tout de suite de leur téléphone le numéro de leur fournisseur personnel.

Bref, je lance l’idée comme ça, mais en vue de cette légalisation, j’espère bien qu’on finira par sortir du discours ambiant qui, pour l’instant, est strictement économique et alarmiste. Oui, le pot, ça peut être mal. Mais l’alcool aussi. Et pourtant, c’est tellement cool de se partager des petites recettes de cocktail à la télé aux heures de grande écoute…