Des manifestations ont déjà été tenues à Montréal pour dénoncer l’usage de l’anglais dans les commerces de l’île de Montréal

Plus de « Hi » que de « Bonjour »

La fin de semaine dernière, je me suis rendu à Montréal avec des copains pour un très court séjour et je dois vous avouer que si je n’avais pas été un habitué de la métropole, je me serais probablement transformé en espèce de chroniqueur polémiste.

En effet, par un alignement tout simplement incroyable des planètes, sur les 10 commerces que j’ai visités sur l’île de Montréal au cours des 24 heures où j’y ai été, j’ai été servi uniquement en anglais dans au moins neuf établissements.

Il faut savoir que je ne suis vraiment pas du genre à péter un plomb si on me répond en anglais dans un commerce, mais je ne plie pas facilement pour autant. Généralement, quand la personne de l’autre côté du comptoir me répond en anglais, je continue à lui parler en français comme si de rien n’était. Si jamais mon interlocuteur n’est pas bilingue, il finit par me le dire, et sinon, je trouve ça toujours rigolo d’entretenir une discussion où les phrases en anglais et en français s’échangent de façon fluide.

Et puis hop, ce type d’échange, ça me rappelle chaque fois un ami que j’avais à l’époque où je restais à Montréal et avec qui on discutait toujours comme ça. On comprenait chacun la langue de l’autre, mais comme on la parlait mal tous les deux, nous avions décidé de nous en tenir tous les deux à ne pas massacrer la langue de l’autre.

Mais voilà que pendant mon dernier séjour sur l’île de Montréal, je n’ai malheureusement pas eu cette chance. Chaque fois, après une phrase ou deux, mon interlocuteur a fini par m’expliquer qu’il ne comprenait pas le français, pour enfin me demander si je pouvais m’adresser à lui en anglais.

Maintenant, je crois avoir été assez clair à cet effet au début de cette chronique: j’ai fort probablement été seulement malchanceux. Et encore là, par malchance, je ne veux surtout pas laisser sous-entendre que le fait de m’entretenir avec une personne exclusivement anglophone est une malchance. Qu’on se comprenne bien: c’est cette curieuse séquence qui est le fruit d’une malchance.

Évidemment, je pourrais tomber dans le fameux piège de la nostalgie et vous lancer qu’à l’époque où je vivais à Montréal, «c’était beaucoup plus francophone qu’aujourd’hui», mais ça n’aurait rien de scientifique.

Tout d’abord, je me baserais sur un échantillonnage très limité et en plus, je comparerais des pommes avec des oranges, car «mon Montréal d’avant», je le vivais principalement à Hochelaga, tandis qu’au cours de mon dernier séjour, je n’ai presque pas bougé du centre-ville.

Il reste que malgré tout ça, j’avoue que je comprends mieux que certaines personnes puissent s’inquiéter de l’état du français dans la métropole.

Par exemple, si je vivais en banlieue de Montréal et que mes principales interactions n’avaient lieu que lorsque je me rends au centre-ville pour mon travail, je finirais peut-être par croire qu’on ne parle plus qu’en anglais, surtout si chaque semaine, je fréquentais chaque fois les mêmes commerces où on ne parle qu’en anglais.

Lors de mon retour à Alma, je pensais à tout ça et je me disais que la même situation serait certainement absurde ici, dans la région.

Imaginez seulement un instant un pauvre type qui ouvrirait un commerce à Alma et qui ne parlerait qu’en anglais. Déjà en partant, il serait dans l’impossibilité de faire affaire avec un client sur deux, et ça, c’est sans compter les clients qui exploseraient de colère à l’idée qu’on les ait servis en anglais.

En fait, peut-être ai-je une vision idéalisée de la vie en région, mais je suis convaincu qu’après quelques semaines seulement, de bons Samaritains finiraient par apprendre le français à ce commerçant.

Mais pour en revenir à l’état du français dans certains commerces du centre-ville de Montréal, je retiens quand même un petit truc qui me titille: les lois qui prétendent protéger le français sont visiblement aussi efficaces que le courriel de votre fournisseur Internet vous avertissant que c’est mal de télécharger de la musique et des films illégalement.