Périple musical de mon enfance

CHRONIQUE / À l’époque, j’avais quelque chose comme 7 ou 8 ans et je venais tout juste d’arriver à Naudville (NDLR: qui allait fusionner avec Alma au Lac-Saint-Jean). J’en étais donc à me familiariser avec ce nouveau quartier quand j’ai fait la connaissance d’Éric.

Éric, c’était un sacré chic type. Il avait un an de plus que moi et à cet âge-là, un an de plus, ça signifie tout un monde.

Un jour, Éric m’a invité à aller chez lui et quand nous sommes arrivés dans sa chambre, en haut, il y avait cette immense batterie qui trônait là dans la pièce.

Moi, j’étais déjà un fan fini de musique et le simple fait de me retrouver là devant une vraie batterie, ça m’avait complètement chamboulé. Puis, Éric s’était installé derrière les tambours et il m’avait fait une démonstration de ce qu’il pouvait faire. Vous dire le « feeling » qui m’avait habité ! Ces badaboums et ratatams m’étaient rentrés directement dans la poitrine. Comme une espèce de massage cardiaque sonore !

Ce que j’ignorais alors, c’est que mon initiation à la batterie allait être pas mal le top en la matière, car voyez-vous, Éric est devenu par la suite ce qu’on appelle un « drummeur professionnel ».

Par la suite, j’ai connu des batteurs géniaux comme Robert Pelletier, Réal Gagnon ou l’ubiquitaire Pascal Beaulieu, mais quand j’y repense, d’avoir été initié à la batterie par Éric, ç’a été un peu l’équivalent de prendre sa première brosse avec du 94 %.

Quelques années plus tard, j’ai vécu l’une des pires tragédies de ma jeune existence. Alors que je passais mon temps à rêver d’arriver au secondaire 1 pour apprendre à jouer de la guitare, voilà que j’apprenais que mes bons résultats scolaires allaient me classer dans un groupe « fort » et ainsi, comme la majorité de ces étudiants étaient inscrits en harmonie scolaire, je devrais temporairement mettre une croix sur mon grand projet.

Mon ami Guilis m’avait donc conseillé de choisir la clarinette, car c’était l’instrument le plus populaire et ça serait plus facile de faire semblant de jouer sans que la professeure ne s’en rende compte.

Puis, pendant nos supposées répétitions de clarinette, Guilis et moi, on a commencé à écrire des chansons complètement ridicules en pianotant sur le vieux piano de la classe de l’école. C’est peu après que Guilis m’a présenté Fred, un gars plus vieux que nous d’un an, et ce gars nous semblait très cool, car il savait jouer de la guitare.

Au fil du temps, Fred m’a appris les bases de la guitare et sans lui, peut-être bien qu’à l’heure actuelle, je rêverais toujours secrètement d’apprendre à en jouer. Ç’a d’ailleurs permis à Fred de pouvoir jouer de la batterie dans notre groupe.

Pendant tout notre secondaire, on a donc répété les vendredis soirs dans le sous-sol de Guilis alors que ses parents, Richard et Esther, nous laissaient la maison pour que l’on puisse faire bien du bruit.

Évidemment, comme dans toute bonne histoire de rock n’roll, un membre du groupe a fini par s’en aller et dans ce cas-ci, c’était moi.

J’avais alors formé un nouveau groupe et nous avions probablement « auditionné » tous les batteurs de notre âge. Un après-midi, on a joué avec Éric, mais on a dû le remercier parce qu’on le jugeait vraiment trop bon pour nous. Faut croire qu’on avait déjà du flair à la lumière de ce qu’il est devenu par la suite.

Aujourd’hui, Éric est batteur pour le mégaspectacle Cavalia. Vous savez, le truc avec les chevaux et les cascades et tout le tra la la ? Peut-être que je me trompe, mais en suivant ses périples sur Facebook, j’ai l’impression qu’il est constamment en train de faire le tour du monde. Il a aussi figuré sur de nombreuses revues prestigieuses mettant la batterie à l’honneur et il présente régulièrement des ateliers sous les bannières des meilleures compagnies d’accessoires de batterie.

Quant à Fred, il est aujourd’hui une des références en matière de politique américaine. C’est notamment lui qui dirige l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

Alors hop, si jamais un jour un des vos enfants vous fait savoir qu’il aimerait bien faire de la musique, ne perdez surtout pas espoir !