Patrons: travaillez ou fermez!

CHRONIQUE / Ceux et celles qui lisent régulièrement cette chronique savent certainement que je serais sans aucun doute le pire des politiciens. Bon, peut-être pas le pire quand même, mais je serais assurément l’exemple même du politicien qui excelle dans l’art des FBI, ou si vous préférez, les fausses bonnes idées.

Il reste que les fausses bonnes idées n’ont pas que du mauvais et que lorsqu’on les partage, on peut parfois en tirer quelque chose de constructif.

Maintenant, vous me voyez sûrement arriver de très loin avec mes bottes de ski qui font un gros « pak-pak » chaque fois que je pose un pied sur le sol et vous ne vous trompez pas : j’ai justement une fausse bonne idée à vous partager.

Alors voilà, cette FBI m’est venue à l’esprit le 31 décembre alors que je devais aller acheter quelques bières en vue de la soirée de festivités qui m’attendait.

J’étais en train de jaser avec l’employée du dépanneur à propos de l’heure où elle serait libérée afin qu’elle puisse elle aussi profiter de la veille du jour de l’An lorsque ça m’a frappé : « Si j’étais premier ministre, je ferais immédiatement voter une loi qui obligerait tous les patrons à bosser lors des jours fériés. »

Et là, quand je dis bosser, je ne vous parle pas de dire à ses employés : « S’il y a une urgence, je suis joignable en tout temps. »

Non, non, non. Tu veux faire du fric pendant que tout le monde devrait passer un moment en famille ou avec ses proches ? Ben travaille bonhomme. Installe-toi derrière ta caisse et encaisse les commentaires débiles des clients qui trouvent ça plate que toi, tu ne puisses pas avoir un break dans la vie.

Tu veux passer un Noël ou un jour de l’An avec ceux et celles que tu aimes ? Ben choisis bonhomme. Ferme ton magasin ou ta shop pendant la journée et apprends à décompresser. Si les Allemands et les Anglais ont réussi à faire la trêve en 1914 pour célébrer Noël, j’imagine que le monde pourrait continuer à tourner même si personne ne peut se prendre un café pour emporter le 1er janvier à 2 h du matin.

Je me souviens qu’à une autre époque, j’avais travaillé pendant la nuit de Noël dans un club vidéo et tout ça, pour servir quatre ou cinq clients. De fait, même si nous disions à nos patrons que ça serait mort, ceux-ci nous disaient : « Il ne faut jamais cracher sur une cenne ». Non mais est-ce que c’est moi qui a une maladie mentale ou bien est-ce que j’ai raison de croire que cette obsession pour le fric des hommes d’affaires frôle justement la maladie mentale ?

Je veux bien comprendre que les services essentiels comme la santé ou la sécurité publique doivent assurer une présence en tout temps, mais c’est quoi ce délire d’avoir peur de manquer la moindre opportunité de fric alors qu’on baigne déjà dans ça à l’année longue ?

Et surtout, n’est-ce pas là la démonstration ultime du mépris des employeurs à l’égard de leurs employés ? C’est quoi, ça ne vous tente pas une fois de temps en temps de faire semblant à vos employés que vous vous souciez un peu d’eux et qu’à vos yeux, ils ne sont pas que des vulgaires numéros ?

Certes, vous leur offrez un salaire, mais saviez-vous qu’il est prouvé qu’un employeur gagne beaucoup plus à être généreux et empathique envers ses employés au lieu de les traiter comme du bétail ? Un employé qui sent qu’on prend soin de lui aura envie de s’investir, car il aura l’impression de faire partie d’un tout. Il risquera beaucoup moins de vous en passer une ou de vous plonger dans l’embarras. 

À titre d’exemple, à une époque où ce journal était mon employeur principal, j’ai déjà eu à travailler lors des jours fériés et j’ai souvenir qu’on prenait le soin de nous faire quelques attentions. Ce n’était pas la mer à boire, mais ça faisait sincèrement toute la différence. J’en garde même des bons souvenirs.

Mais bon, tout ça, c’est du vent à la fin, parce que tant qu’on mettra sur un piédestal des types comme le grand boss de Couche-Tard qui s’obstine à payer ses employés le moins cher possible, on continuera à envoyer comme message aux plus nantis de la planète que les gens comme vous et moi, les simples travailleurs, sommes leurs esclaves.

Qui sait, le vent tournera peut-être un jour ? Je paierais pour voir ça.