Pas le bon temps pour une crise cardiaque

Je vous dis ça comme ça, mais on ne vit vraiment pas à la meilleure époque pour se claquer une bonne vieille crise de coeur à la maison. Ici, vous serez certainement plusieurs à me faire remarquer qu’il n’y a tout simplement pas de bon moment ou de bonne époque pour subir un arrêt cardiaque, mais croyez-le ou non, il y a des moments pires pour ça et visiblement, c’en est un à l’heure actuelle.

Vous doutez de ce que je vous dis?

Eh ben, allez vous promener quelques minutes sur les réseaux sociaux et juste pour le plaisir, faites une recherche avec le mot-clic #àcausedebarrette.

Je peux vous en passer un papier qu’après avoir visionné deux ou trois récits d’ambulanciers, vous n’oserez plus ouvrir un sac de patates chips avant un bon moment et vous contournerez même le coin de rue du prochain Poulet Frit Kentucky, de peur que la graisse dans l’air vous rentre par le nez pour vous bloquer les artères.

Parce que ce truc de mot-clic, c’est une campagne de sensibilisation initiée par les ambulanciers afin de dénoncer l’inaction du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Grosso modo, vous y verrez donc des ambulanciers et des ambulancières qui vous expliquent leur réalité de travail et entre vous et moi, ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit dans les films. D’ailleurs, c’est pas moi qui le dis, mais un vrai ambulancier.

Dans une des vidéos, on voit donc cet ambulancier de Lanaudière qui nous explique que les manques de budgets font en sorte qu’en guise de GPS, lui et ses collègues doivent utiliser des cartes routières. Oui oui. Et là, je vous rappelle qu’on ne parle pas ici d’un roadtrip à l’ancienne où on décide de balancer nos téléphones mobiles par la fenêtre et qu’on fout dans le système de son le mp3 de Life is a Highway en criant « wouhou ». De fait, c’est plutôt dommage que ça ne soit pas ça, car voyez-vous, quand notre pauvre ambulancier nous présente ses cartes avec lesquelles il travaille, certaines datent même du milieu des années 90. On se comprendra que c’est très cool de se perdre au hasard dans des routes qui ont changé de nom et des chemins qui ont été réaménagés dans les vingt dernières années, mais là, le but du voyage, c’est généralement de sauver un type qui dégobille du sang entouré de sa famille en état de panique.

Mais là où c’est plutôt difficile de ne pas avoir la trouille, c’est lorsqu’on comprend ce qu’impliquent les fameux horaires de faction.

De ce que j’ai cru comprendre, on vous impose un horaire de type 7/14. En d’autres mots, pendant 7 jours entiers, vous êtes sur appel et quand on a besoin de vous, vous avez cinq minutes pour vous rendre à la caserne d’ambulances et une fois que vous êtes arrivés, l’ambulance peut enfin partir à la rescousse.

Ça donne donc des situations absurdes comme cette pauvre dame en détresse respiratoire, un cas de priorité un, qui devra poireauter près de 8 minutes avant l’arrivée des ambulanciers alors que sa demeure est située à quelque chose comme 2 minutes de la caserne.

Ici, comme je ne suis pas spécialiste en la matière, je ne m’avancerai pas dans des statistiques, mais mon petit doigt me dit quand même que de tels horaires ont certainement fait en sorte qu’on a échappé quelques personnes ici et là en cours de route.

Maintenant, vous me pardonnerez mon humour noir, mais je serais curieux de savoir ce qui arriverait en premier si on appelait l’ambulance pour un cas de crise de coeur et qu’au même moment, on se commandait du poulet ou de la pizza.

Mais ce qui me sidère le plus dans tout ça, c’est qu’avec tous ces chiffres et toute cette bureaucratie qui servent trop souvent à nous mettre de la poudre aux yeux, on oublie facilement qu’à la fin, ça concerne des vies.

Ça pourrait être vous demain soir après que vous vos soyez étouffé avec un vulgaire grain de pop-corn. Ça pourrait être votre meilleur ami dont le coeur flancherait soudainement. Ça pourrait être votre enfant qui est tombé dans la piscine.

Mais bon, qu’est-ce qu’on en à branler de la santé tant que la Mort se contente de nous faire de l’oeil au loin?