Où est passé le civisme?

CHRONIQUE / Je suis là à un feu rouge à attendre pendant qu’à la radio, des animateurs dans le vent s’enthousiasment à propos d’une série américaine que je ne verrai probablement jamais. Toutefois, dans le registre des trucs que j’aurai vus, voilà que je remarque ce type qui tourne dans l’autre voie alors qu’il tient bien en évidence son téléphone sur son oreille tout en discutant joyeusement.

Maintenant, qu’on se comprenne, je déteste parler au téléphone, alors je suis zéro jaloux du fait que ce gars se permette de piquer un brin de causette au volant de sa voiture, mais il n’en demeure pas moins que si on est venu à interdire une telle pratique, c’était forcément pour une bonne raison, alors ça commence à me faire rager de voir ce type qui semble se sentir au-dessus des lois, mais surtout, au-dessus de la sécurité d’autrui.

Ce n’est qu’après m’être remémoré que le jour où cet idiot se ferait pincer, qu’il écoperait au moins d’une amende de 300 à 600 dollars, que j’ai senti un certain calme chasser les ondes négatives qui m’habitaient alors. J’imaginais sa tronche en découvrant sa contravention et bon, je vais vous avouer que ça m’a fait rigoler.

Une trentaine de minutes plus tard, j’étais alors en route vers ma maison lorsqu’en arrivant au passage pour piétons qui est situé à proximité du IGA et du cimetière Naudville, je vois ce grand-père et son petit-fils en vélo qui attendaient de traverser la rue.

Après m’être rapidement assuré qu’il n’y avait pas un dingo-dingo qui me collait au derrière, j’appuie alors sur le frein et tout en affichant le plus triomphant des sourires aux deux cyclistes, je leur fais signe qu’ils ont ma bénédiction et qu’ils peuvent passer.

Comme chaque fois où on laisse un piéton emprunter un passage dans la région, le grand-père reste comme paralysé, complètement incrédule qu’il existe encore un restant de civisme en ce bas monde.

Puis, au moment où il fait signe à son petit-fils qu’ils ont le champ libre, voilà qu’un type dans la soixantaine arrive avec son gros VUS blanc dans la voie à ma gauche, me dévisage une seconde avec tout le mépris du monde, puis il poursuit son chemin pour passer juste devant les cyclistes, question de bien leur faire comprendre que les passages pour piétons, c’est comme les licornes : ce n’est pas parce qu’on peut en dessiner que ça existe.

Si j’avais été dans un film d’action, j’aurais hurlé aux deux cyclistes de faire gaffe et j’aurais immédiatement poursuivi le gars en VUS pour lui cracher au visage, mais comme j’étais dans la vraie vie, tout ce que j’ai été en mesure de faire, ce fut de regarder son véhicule s’éloigner au loin tout en souhaitant très fort que ce gars ait une vie minable et qu’il vive constamment avec l’impression que personne ne l’aime.

Je veux bien comprendre qu’on vit à une époque où il y a une panoplie de problèmes urgents à régler et que le fait que pratiquement tout le monde se fout des passages pour piétons puisse sembler insignifiant à côté d’enjeux très sérieux comme la crise climatique ou les vols d’identité, mais bon, ça serait quand même chouette que les piétons aient les mêmes chances que les automobilistes de pouvoir assister à la fin du monde en direct.

Et là, ça me dégoûte de lancer des trucs du genre, mais pourquoi on ne serrerait pas un peu la vis quant aux infractions liées aux passages pour piétons ? Du genre, tu te fais pincer et on retire ton permis un mois ? Mon petit doigt me dit que ça ne serait pas long avant de voir des automobilistes s’empresser de faire religieusement leur arrêt pour laisser passer les piétons.

Mais bon, il y a une fin joyeuse à cette histoire et c’est que lorsque les deux cyclistes ont traversé le passage, le petit bonhomme m’a fait un sourire et il semblait vraiment impressionné de voir que des voitures s’arrêtaient pour le laisser passer.

J’ai roulé jusqu’à ma maison en affichant un sourire un peu niais, conséquence directe du sourire du petit bonhomme.

Le gars dans son VUS blanc, lui, il devait toujours avoir sa tronche de con lorsqu’il est arrivé à destination.