« La xénophobie, c'est un monstre qui se nourrit de tout ce qu'il peut. Il s'alimente de la haine des uns, sinon de leur mépris. »

On est 8 millions, faut se parler

CHRONIQUE / Dans la vie, je suis un gars plutôt candide.
Par exemple, jusqu'au 11 septembre 2001, j'étais convaincu que le monde roulait plutôt rondement et que tout ce qu'il nous restait à faire, c'était de régler ici et là quelques injustices afin que la planète puisse maintenant vivre en paix.
En vouliez-vous de la candeur ? J'en ai un camion bien rempli.
Cela dit, ma candeur a pris toute une claque lors des balbutiements de la Charte des valeurs québécoises. Je débutais alors mon aventure en tant que chroniqueur dans ces pages et dans ma naïveté pas possible, j'avais signé un papier dans lequel j'émettais de sérieux doutes quant à la pertinence d'une telle initiative.
Maintenant, j'en conviens, le papier était fort maladroit sur plusieurs points, mais la petite onde de choc que cette chronique avait causée m'avait littéralement soufflé. Au total, peut-être avais-je reçu sept ou huit courriels, mais chacun de ces courriels avait un petit côté troublant.
D'un côté, je réalisais en les lisant que la ligne était très mince entre avoir des questionnements légitimes et simuler des questionnements afin d'arriver à des conclusions décidées d'avance. Ainsi, j'avais pris conscience qu'en m'attaquant à cette première ébauche de la Charte, mais aussi, à ceux et celles qui supportaient cette initiative, je m'étais prêté au même jeu que je croyais alors dénoncer. Car parmi tous ces gens qui avaient réagi à ma chronique, je voyais bien que certains étaient motivés par un besoin légitime de définir nos limites en tant que société. Or, j'étais tombé dans le panneau des amalgames et tout comme le personnage xénophobe qui mettra tous les musulmans dans le même panier, je me prêtais au même genre de cirque, en mettant toutes ces personnes préoccupées par l'identité québécoise dans une seule et même catégorie.
Depuis cette chronique, j'ai toujours préféré me tenir loin de ces débats. Non pas par orgueil, mais parce que j'avais réalisé une autre chose : la xénophobie et le racisme existent bel et bien ici.
Et malheureusement, les tragiques événements qui sont récemment survenus à Sainte-Foy ont démontré que ces forces occultes peuvent mener à des gestes horribles.
Maintenant, comment arriver à faire reculer ces idéologies ? C'est bien beau de pointer du doigt, mais cela ne favorise d'aucune façon les échanges et sans échange, tout le monde reste dans son camp à mépriser l'équipe adverse.
En fait, il est probablement là le grand défi qui nous attend, car le chemin qui mène vers la paix ne se fait pas en criant simplement « peace ».
La xénophobie, c'est un monstre qui se nourrit de tout ce qu'il peut. Il s'alimente de la haine des uns, sinon de leur mépris. Il se jette sur l'ignorance de la population comme on se lancerait sur un buffet à volonté. Mais aussi, le monstre de la xénophobie se régale de notre inaction quand il n'est pas en train de se gaver de la peur de tout un chacun.
D'ailleurs, peut-être est-ce là l'ennemi que nous avons tous en commun. Car que l'on soit dans le camp des inclusifs ou du côté de la méfiance, nous avons tous peur.
Mais au nom de ceux et celles qui vivent constamment dans la peur à cause de la couleur de leur peau, de leurs origines ou de leur religion, nous avons le devoir de nous battre contre cette peur.
Le monstre que nous devrions craindre, il n'est pas chez l'autre. Il est juste là, à l'intérieur de nous et il attend la moindre occasion pour gagner notre coeur.
Parlons-nous. Discutons. Débattons. Écoutons-nous. C'est la seule façon de faire peur à la peur.