Nul n’est GPS dans son pays

CHRONIQUE / J’étais là en train de marcher avec le bon Billy et nous venions tout juste de sortir d’un petit sentier quand une voiture plutôt luxueuse a commencé à ralentir alors qu’elle s’approchait de nous. Le conducteur a baissé sa fenêtre, puis après m’avoir abordé de façon très courtoise, il m’a demandé où se situait le salon funéraire.

Ça va certainement vous sembler banal comme situation, mais en ce qui me concerne, c’était un grand moment qui se produisait enfin. Le truc, c’est que je suis nul comme ça ne s’imagine même pas pour aider les gens à retrouver leur chemin, or cette fois-ci, comme nous n’étions qu’à deux minutes de route de la destination, c’était ma chance ou jamais d’être le citoyen sympathique qui vous aide efficacement.

Alors hop, avec un enthousiasme qui devait se faire ressentir, j’ai expliqué au conducteur et à sa conjointe qu’il suffisait d’emprunter tel chemin, de rouler jusqu’au bout, de tourner à gauche puis à droite et une fois qu’il aurait dépassé le IGA, sa destination se trouverait à sa gauche.

Le gars au volant m’a affiché un sourire de satisfaction du genre « bordel, c’est presque surréaliste à quel point c’est fastoche » et pour vous dire vrai, je me disais fièrement la même chose.

Mais aussitôt que le gars est parti, j’ai refait mentalement l’itinéraire que je venais de lui fournir et je me suis sérieusement mis à douter comme quoi mes indications n’étaient peut-être pas si bonnes que ça. Et c’est sans compter qu’en y repensant bien, je l’ai peut-être dirigé aussi vers le mauvais salon funéraire.

Tout ça, c’est bien dommage pour ce pauvre couple, mais bon, si ça se trouve, probablement que ces deux aventuriers ont cherché l’emplacement quelques minutes après avoir suivi mes instructions et qu’ils ont présumé avoir mal compris une de mes consignes.

En fait, si je me plais à croire à une telle hypothèse, c’est que pratiquement toutes les fois où j’ai demandé mon chemin, c’était comme si la voix de mon interlocuteur se transformait progressivement en bruit de trompette au fil des consignes.

J’imagine que ça doit avoir un lien avec mes capacités extrêmement limitées en matière d’orientation spatiale. À titre d’exemple, ça va bientôt faire 10 ans que nous vivons à la même adresse et chaque fois que je pointe une direction lorsque je suis à l’intérieur de la maison en faisant référence à un emplacement dans la ville, mon amoureuse est stupéfaite de constater à quel point je n’ai aucune idée d’où je me trouve.

Mais bon, pour en revenir à ce couple qui m’a demandé mon aide afin de retrouver son chemin, je dois dire que j’ai quand même fait bonne figure, et ce, même si mes indications étaient peut-être erronées. Je dis ça, car il y a quelques semaines, un autre couple m’avait abordé dans la rue pour que je l’aide à sortir de la ville et je suis convaincu que pendant quelques secondes, la gars et la fille ont pensé : « Ce pauvre type essaie peut-être de nous dire qu’on ne peut pas sortir de cette ville. »

Dans ma tête, tout était pourtant très limpide quand je me visualisais en train de sortir de la ville, mais fouillez-moi pourquoi, je n’arrivais tout simplement pas à mettre tout ça en mots. Ainsi, au lieu d’entendre des phrases cohérentes comme « vous allez tout d’abord continuer votre chemin sur l’avenue du Pont » sortir de ma bouche, je n’émettais que des débuts de phrases qui s’apparentaient à du baragouinage. C’est alors que mon instinct de survie a pris le dessus et que je me suis surpris moi-même à déclarer au couple : « Vous savez quoi ? Pour vous dire la vérité, je suis seulement en visite ici, donc vous seriez mieux de demander à une vraie personne d’ici. »

Il n’en demeure pas moins que le plus ironique dans tout ça, c’est que l’une des seules fois où j’ai été en mesure d’aider quelqu’un à retrouver son chemin, c’était cet été alors que je me trouvais en Gaspésie.

Je revois encore le gars me dire un « merci » bien senti, puis juste avant de repartir, me lancer « En tout cas, vous avez un maudit beau coin de pays ici ». Je l’ai remercié et je n’ai rien dit d’autre. Je trouvais ça chouette que le gars ait cru que j’étais du coin. Nul n’est GPS dans son pays, comme on dit.