Murray Tuck

Murray, riche à sa façon

CHRONIQUE / La dernière fois que j’ai vu Murray, c’était au Bar à Pitons. Maintenant, j’aimerais bien vous en dire plus sur le contexte qui avait entouré cette dernière rencontre, mais je ne pouvais pas savoir à ce moment que ce serait la toute dernière fois que j’adresserais à Murray un « Ça va mon pote ? » et qu’on s’échangerait deux ou trois phrases en rigolant. Tout ce dont je me souviens, c’est que comme d’habitude, Murray était entouré d’amis qui le regardaient avec des yeux bienveillants. En d’autres mots, ce type était riche à sa façon.

Je ne vous raconterai pas non plus de bobards en vous disant que Murray et moi, on était des amis inséparables, mais je vous mentirais aussi si je vous disais que Murray n’était pas pour autant un ami. Certes, ce que nous avions le plus en commun, c’était principalement nos amis, mais chaque fois que mon regard croisait celui de Murray, je savais qu’il savait que nous faisions tous les deux partie de la même aventure. Vous savez, celle où la musique et les rires guident souvent nos décisions et notre façon de nous entourer.

Quand j’y repense, c’est pas mal de ma faute si je n’ai jamais été plus proche de Murray, car je suis convaincu que si un jour je m’étais décidé à surmonter ma satanée timidité et que j’avais décidé de franchir le pas de sa porte pour aller lui rendre visite, il m’aurait accueilli les bras grands ouverts. J’imagine qu’il aurait commencé à me raconter un truc que j’aurais compris à moitié en raison de son accent anglophone, mais une chose est certaine, c’est que peu importe ce que j’aurais compris, j’aurais certainement éclaté de rire. Parce que mon lien avec Murray, c’était la rigolade. Un peu comme s‘il se passait un truc dans nos yeux qui animait le rieur en nous.

Mais pour être bien franc avec vous, il y a une certaine tristesse qui m’habite quand je pense au peu de choses que je sais des derniers mois de vie de Murray. Tout d’abord, il y a eu en mai dernier le décès de son meilleur pote, ce célèbre chien nommé Tom qui avait vécu jusqu’à l’âge de 16 ans. Et comme l’avait si bien dit ma collègue Mélissa Viau, toutes les personnes qui avaient déjà marché sur la rue Racine avaient croisé ce bon vieux Tom au moins une fois dans leur vie.

Et puis, il y a quelques jours, ça m’a sauté en plein visage. 

C’était une invitation à rejoindre un groupe privé sur Facebook qui visait à rassembler ceux et celles qui connaissaient Murray afin de l’aider à mener son combat contre la maladie. Une campagne de sociofinancement avait été organisée ainsi qu’un concert réunissant de nombreux musiciens qui avaient partagé un bout de chemin avec lui. Quand je vous dis que ce gars-là était riche à sa façon.

Aujourd’hui, la nouvelle est tombée. Murray est parti. Peut-être est-il en train de rigoler tout e renouant avec son vieux pote Tom ? Peut-être qu’il nous regarde tous de là haut et qu’il attend fébrilement nos prochains éclats de rire dont il s’abreuvera avec bonheur ? Peut-être attend-il que nous grattions un premier accord de banjo pour nous adresser un éclatant « Hi ! » à travers les notes qui résonneront ?

On dit souvent que la vraie mort, c’est lorsque tout le monde vous a oublié. Or, si cela est vrai, on peut dire qu’à défaut d’être immortel, Murray vivra encore longtemps à travers la mémoire de ceux et celles qui ont croisé sa route.

En effet, il continuera à vivre dans les pensées de ceux et celles qui avaient l’habitude de le voir avec Tom à proximité de la bibliothèque. Il vivra à travers les fous rires qui illuminent les fêtards à l’extérieur du Bar à Pitons. Il vivra aussi à travers chaque instrument de Chicoutimi qui entonnera une joyeuse mélodie.

C’est la troisième fois que je vous le dis, mais oui, Murray était riche à sa façon. Et en guise d’héritage, il a laissé à ses amis ce court message qui dit pourtant l’essentiel : « Live, Love and Laugh ! »

Nous n’avons plus d’excuses pour ne plus être riches à notre tour. Merci Murray.