Ma journée de congé

OPINION / Ce que j’aime des lundis, c’est que c’est la journée où rien ne peut arriver.

Chaque semaine, je bosse quelques heures supplémentaires les soirs afin d’avoir mes fins de semaine de trois jours et devinez quoi ? Il s’est toujours passé un truc les lundis.

Lundi dernier, par exemple, voilà qu’à mon réveil, je découvrais que mon amoureuse avait décidé de bosser à la maison.

« J’ai vraiment envie que tu profites totalement de ton lundi de congé et je ne veux surtout pas que tu te stresses avec moi », qu’elle m’avait dit. Puis, on a attendu que Charlot vienne dîner à la maison et une fois qu’il est reparti à l’école, on a décidé d’aller manger un morceau ensemble dans un restaurant.

Or, au moment de partir de la maison et de fermer la porte de la voiture de Julie, il y a un son qui ne s’est pas fait entendre tandis qu’un autre son qu’on aurait dû ne pas entendre s’est fait entendre. Le son qui avait décidé de briller par son absence, c’était celui qu’une porte de voiture fait quand on la ferme. Vous savez, l’espèce de « chtok ». Là, ça ne faisait que « chtak » et ensuite, l’alarme nous signalant qu’une porte était mal fermée se mettait aussitôt à retentir.

Donc, au lieu de se diriger vers le restaurant, on a roulé jusqu’au concessionnaire tandis que je tenais la porte du conducteur fermé à l’aide d’une de mes mains.

« En tout cas, ça va te faire une chronique », que Julie m’a dit sur un ton amusé. « Non », que j’ai menti, sachant très bien que tout ça n’était que le milieu d’une histoire dont j’ignorais encore la fin.

Après ça, le gars au concessionnaire nous a dit que ça ne pourrait probablement pas être réparé dans la journée, puis après quelques phrases savamment jouées, Julie a fini par convaincre le type plutôt sympathique de nous dire : « Écoutez, laissez-moi une trentaine de minutes et je vais essayer de vous arranger quelque chose. »

J’en ai donc profité pour amener avec moi mon amoureuse pour la toute première fois à la Société québécoise du cannabis (SQDC) et elle a vraiment halluciné de voir toute la variété qu’on pouvait y trouver. Ça va bientôt faire 17 ans qu’on est ensemble et je ne l’ai vue essayer la fameuse herbe du diable qu’une seule fois. Pendant l’heure suivante, elle m’avait dit qu’elle avait l’impression que la moitié de son visage était paralysée.

« Tu vois, chérie, avant la légalisation, c’était comme si on n’avait jamais fait la distinction entre du fort, de la bière ou du vin, et qu’on te disait chaque fois que c’est ça, de l’alcool. Le pot, ça comporte autant de subtilités », que j’ai dit en sortant de la SQDC, pas peu fier de cette analogie. « Tu devrais vraiment écrire une chronique là-dessus », que Julie m’a dit, puis j’ai répondu : « Ouais, peut-être. »

En revenant au concessionnaire, la voiture était réparée, mais voilà qu’au moment où on s’apprêtait à monter à bord, j’étais en train de raconter un truc à Julie lorsqu’elle a soudainement disparu de mon champ de vision en une fraction de seconde. Pas un son, rien.

J’ai contourné la voiture, puis elle était là, couchée au sol, visiblement surprise par la plaque de glace qui venait de la jeter par terre.

L’instant d’après, trois ou quatre personnes sont venues à notre rescousse et même si Julie avait été légèrement sonnée, elle a assuré à tout le monde qu’elle allait bien. J’ai remercié plusieurs fois un gars avec une veste rouge qui était très attentionné, puis on est repartis vers la maison et là, je n’avais plus besoin de tenir la porte du côté conducteur.

Pour être bien franc avec vous, j’aurais probablement passé une journée beaucoup plus relax si j’avais travaillé à la place d’être en congé, mais bon, les journées où il ne se passe rien, ce n’est jamais autant amusant que dans son imagination. Parce qu’au fond, la vie, elle se passe quand on va faire réparer un truc, qu’on passe du temps avec ceux qu’on aime ou qu’on fait une mauvaise chute sur les fesses en raison d’une plaque de glace.

Et puis, à bien y penser, une journée où il ne se passe rien, ce n’est qu’une page blanche qui vous rapproche plus rapidement de la fin du livre.