Lire des «tapis roulants»

CHRONIQUE / J’ai toujours aimé lire, mais avec le temps, je suis devenu moins patient qu’à une autre époque. Alors que dans mes jeunes années, je pouvais m’entêter à finir un roman ennuyant juste pour pouvoir me dire que l’ennui n’avait pas eu raison de moi, aujourd’hui, je me sens parfois comme ces juges dans les concours de talent qui, dès qu’ils ne sont pas satisfaits du numéro qu’on leur propose sur scène, n’ont qu’à appuyer sur un bouton afin que l’on puisse passer au prochain candidat.

Alors hop, qu’est-ce qu’on lit quand on n’est plus patient ? Ben tout simplement des trucs qui savent capter notre intérêt et qui n’exigent pas qu’on doive se fouetter dix bonnes minutes avant de se remettre au boulot. 

En d’autres mots, je lis des « tapis roulants ».

Et c’est quoi ça des « tapis roulants » que vous me demanderez ? Eh ben !, ce sont ces bouquins qui, une fois débutés, vous font glisser sans effort jusqu’à la prochaine page et ainsi de suite. Et là, qu’on se comprenne bien : il y a beaucoup plus de livres idiots qui sont éprouvants à lire que de bouquins compliqués qui se lisent facilement.

À titre d’exemple, j’ai justement dû me fouetter plusieurs fois pour terminer l’indigeste Player One d’Ernest Cline parce que je souhaitais être en mesure de bien pouvoir saisir le travail d’adaptation qui donnerait vie au film de Steven Spielberg. Résultat ? J’aurais dû me taper un livre de Jay McInerney à la place.

Or, il y a toujours du positif à retirer d’une expérience désagréable et en ce qui concerne Player One, ça m’a permis de me mettre sur la piste d’un autre roman qui s’était aussi trouvé dans la mire de Spielberg et ici, je vous parle de l’extraordinaire Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Grosso modo, il s’agit d’un roman construit sous la forme d’une anthologie réunissant divers témoignages de gens qui ont eu à jouer un rôle lors d’une éventuelle guerre opposant l’intelligence artificielle aux humains. 

Non seulement ce truc se lit tout seul, mais je vous préviens, ça fout la trouille. Et à cette époque où on intègre de plus en plus l’intelligence artificielle aux divers outils de notre quotidien, on se croirait littéralement dans les passages qui précèdent la fameuse attaque perpétrée par l’intelligence artificielle. À titre d’exemple, il y a quelques jours, j’ai vu passer cette publicité où on vantait les mérites de la conduite assistée par un système d’intelligence artificielle et la première chose que je me suis dit c’est : « Pauvre type, un jour, sa voiture s’entendra avec une autre voiture pour qu’elles fassent toutes les deux un face à face. »

Évidemment, et heureusement, presque tout ça relève encore du domaine de la science-fiction, mais Robopocalypse m’apparaît comme une intéressante réflexion sur la place qu’on souhaite accorder à cette intelligence que nous avons façonnée. Bref, on finit toujours par revenir au mythe de Prométhée.

Dans un tout ordre d’idée, je m’en voudrais de ne pas vous conseiller la lecture de Sels de bain, du concentré de talent signé par une artiste de la région, Stéfanie Requin Tremblay.

Maintenant, comment décrire cet OLNI, ou si vous préférez, cet Objet Lisible Non Identifié ? 

Eh ! bien ! , je serais tenté de vous dire que ça consiste en une série de photos littéraires qui sont merveilleusement illustrées par de véritables photos. Et puis hop, qu’on se le dise, ça s’adresse à des yeux avertis, car il y a tout ce qu’on veut trouver dans un excellent bouquin : du rock n’roll, de la sexualité latente, des substances illicites, de l’amitié, des flirts, etc.

Mais au-delà de tout ça, ce qui marque, c’est la plume de Stéfanie Requin Tremblay. Pour vous dire vrai, ça faisait des années que je n’avais pas tiré un tel plaisir à savourer une telle façon d’écrire. Le seul hic, c’est que ça n’est plus disponible en magasin.

On remercie donc nos bibliothèques d’en conserver des exemplaires. Et pour Robopocalypse, j’implore votre patience, car il me reste encore quelques pages à lire, mais après, c’est promis, je le retournerai à la bibliothèque.