L’influenza ne veut pas de moi

CHRONIQUE / Je vais vous avouer que je suis content, mais en même temps, je suis un peu déçu.

Le truc, c’est qu’il y a deux semaines de cela, la maison s’est soudainement transformée en une espèce de zone de quarantaine.

Ça a commencé par mon amoureuse qui m’a dit qu’elle avait un vilain mal de gorge, puis le lendemain, elle revenait plus tôt que prévu du boulot et visiblement, elle n’allait pas très bien.

Ce jour-là, j’avais décidé de profiter de ma pause de dîner pour aller avec Billy au parc à chiens et quand je suis revenu à la maison, je m’attendais à voir Julie dans le salon en rentrant, étant donné que j’avais vu sa voiture dans le stationnement. Or, il n’y avait personne dans le salon et sur la table de cuisine, il y avait ce message de Julie m’annonçant : « J’ai l’influenza ».

« Bordel ! » que je me suis dit en anticipant les jours à venir.

Au cours des heures qui ont suivi, on se sentait comme dans ces films où une épidémie frappe la planète. Là en haut, la femme de ma vie gisait dans notre lit conjugal, complètement dévastée par la fièvre et quiconque oserait franchir la porte de la chambre allait certainement s’exposer à une contamination.

Maintenant, n’allez surtout pas croire que je suis un héros ou un truc du genre, mais je suis allé la voir à quelques reprises afin de m’assurer qu’elle survivrait en me disant que de toute façon, j’étais probablement déjà « infecté » et que dans les heures qui viendraient, je serais le prochain à tomber au combat.

Vous le savez, dans de tels moments, on ne peut pas être plus à l’écoute des moindres signes que notre corps nous envoie. Un petit chat dans la gorge ? Ça y est, c’est commencé. Et puis si on sent un petit frisson nous traverser le corps, on est là à se demander si on n’aurait pas dû faire son testament finalement.

Mais chaque fois, ces supposés signes précurseurs finissaient par disparaître et je me disais que ce n’était là que partie remise.

Charlot a été le deuxième infecté de la maison. Le pauvre était tellement terrassé par la fièvre qu’il a même passé presque deux journées sans jouer à Fortnite. Ça vous donne une idée à quel point il était malade.

Pour ma part, j’avais depuis longtemps accepté le sort qui m’attendait et il m’apparaissait plutôt évident que j’étais le prochain sur la liste. Ainsi, chaque soir quand je m’endormais, je prenais le soin de savourer le fait que j’étais encore en santé tout en me préparant mentalement à vivre un dur réveil au lendemain. Puis, je me réveillais quelques heures plus tard, complètement dérouté de constater que tout était toujours sous contrôle.

Finalement, tout le monde à la maison a eu le temps d’être malade et il y a même Billy qui a fait preuve de solidarité en éternuant à quelques reprises. Quant à moi, tout indiquait que cette fois-ci, pour une raison que j’ignore complètement, l’influenza m’avait oublié.

D’ailleurs, c’est là que ça prend une tournure plutôt ridicule, car voyez-vous, ça m’a sacrément inquiété de ne pas avoir été atteint de l’influenza. « Et si je souffrais sans le savoir d’une maladie très grave qui ferait en sorte que l’influenza ne veut même pas perdre de temps avec moi ? », que je me demandais le plus sérieusement du monde.

De plus, chaque matin quand je me pesais, j’avais l’impression de perdre un peu de poids et pour la première fois de ma vie, je souhaitais chaque fois d’avoir pris « juste une petite livre ».

Dans les jours qui ont suivi, j’ai donc commencé à m’empiffrer comme à l’époque où je ne prenais pas soin de mon alimentation et après avoir englouti quelques sacs de croustilles, j’ai presque pleuré de joie en constatant que j’avais repris un peu de poids.

Je n’étais peut-être pas malade alors ?

Ce que j’ai su par la suite, c’est que la batterie de notre balance était presque vide et alors que j’étais convaincu de fondre comme neige au soleil chaque matin, j’avais plutôt gagné quelques livres pendant ces quelques journées où je m’étais désespérément empiffré.

Alors voilà pourquoi je suis content, mais je suis un peu déçu.