Vincent Marissal.

Libre dans un parti!

CHRONIQUE / Ce n’est pas la première fois que je vous le raconte, mais depuis le tout début de ma carrière de chroniqueur (8 ans, on peut appeler ça une carrière non ?), j’ai reçu trois conseils qui ont complètement changé ma façon de faire.

Tout d’abord, il y avait eu Jean-François Caron qui m’avait dit : « Si tu n’as pas le courage de défendre en pleine face ce que tu avances dans une chronique, ne publie pas ça. » Puis, il y a eu ce lecteur qui m’avait mis en garde contre les dangers de sombrer dans la démagogie et enfin, il y avait eu mon boss actuel Denis Bouchard qui m’avait dit : « Tu ne seras jamais le prochain Foglia, alors arrange-toi pour devenir le prochain Joël Martel. »

Mine de rien, si jamais vous étiez un aspirant-chroniqueur, je viens de vous sauver un bon cinq ans d’essais et d’erreurs avec ces quelques phrases.

Si je vous raconte tout ça, c’est évidemment en réaction à la controverse entourant le saut en politique de l’ex-chroniqueur à La Presse Vincent Marissal.

C’est que, voyez-vous, plusieurs de mes collègues d’autres médias n’ont pas tardé à dénoncer ses propos lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, où Marissal a notamment laissé entendre que lors de sa carrière de chroniqueur, il n’avait pas pu jouir pleinement de sa liberté d’expression.

Maintenant, je suis très conscient que de comparer ma tribune à celle dont Marissal bénéficiait autrefois reviendrait à comparer des pommes et des oranges, mais il reste qu’à la base, c’est le même boulot. Alors que Marissal s’attaquait à des dossiers chauds, l’auteur de ces lignes lui, préfère plutôt observer le quotidien dans sa plus simple banalité, mais les risques associés à un tel travail demeurent toutefois les mêmes : chaque semaine, on vous propose un point de vue et une fois que c’est parti, il ne nous reste plus qu’à vivre avec ça, et ce, même si la planète entière se disait en désaccord avec nos propos.

D’ailleurs, c’est justement cette longue accumulation de situations où on confronte notre vision du monde à celle du public qui fait en sorte qu’à la longue, on en vient à être beaucoup plus prudent dans nos prises de position. 

Ici, j’ignore comment on traite les drôles d’oiseaux comme moi dans les autres journaux, mais en ce qui me concerne, jamais on ne m’a empêché d’écrire quoi que ce soit.

Certes, il y a eu cette fois où j’avais tiré à boulets rouges sur les concessionnaires lors de l’interminable lock-out et avant la publication du texte, on m’avait signifié que le jupon dépassait un peu beaucoup, mais jamais on ne m’a dit : « On ne va pas publier ça. » En lieu et en place, on m’avait suggéré de revoir certaines tournures de phrases qui occultaient en fait l’idée générale de ma chronique et, avec un peu de recul, mes boss avaient tout à fait raison. Je les en remercie d’ailleurs, car ça m’a permis d’alléger considérablement mon dossier des « chroniques de la honte ». 

En fait, ce que Marissal semblait voir comme une laisse, c’était en fait cette corde avec laquelle le chroniqueur risque continuellement de se pendre accidentellement.

Mais ce qui est le plus ironique dans tout cela, c’est que contrairement aux propos de Marissal, l’une des principales raisons expliquant pourquoi je continue à m’accrocher à mon métier de chroniqueur, c’est justement la liberté d’expression dont je peux profiter. À titre d’exemple, quand on m’avait abordé pour faire le saut en politique, la première chose qui m’était venue à l’esprit (en fait, la deuxième après « hey boboy que ça va mal dans le monde pour qu’on en soit rendu à me faire des propositions aussi débiles ») était : « Ai-je vraiment envie de passer le restant de mes jours à devoir adopter une ligne de parti ? ».

Alors hop, si c’était à moi de donner un seul conseil aux aspirants-chroniqueurs, je leur dirais de ne jamais se laisser berner par l’illusion du pouvoir, car même si le chroniqueur ne peut pas avoir la prétention de changer le monde, il arrive parfois à faire changer un petit bout de monde ici et là. Et pour arriver à faire ça, on n’a même pas besoin de votes. Juste les bons mots.