Le code vestimentaire comporte son lot d’inconvénients, certes, mais il a certains avantages.

L’habit ne fait pas (toujours) le moine

CHRONIQUE / Quand j’ai découvert le rock en sixième année, ça m’a rendu complètement fou.

Je me souviens que chaque midi pendant l’heure du dîner, je m’enfermais dans ma chambre et j’écoutais religieusement ma cassette des Doors en me prenant pour Jim Morrison devant mon miroir. Je tiens d’ailleurs à remercier le destin que le Web ne soit arrivé dans ma vie qu’à la fin de mon adolescence, car je devrais constamment vivre avec la crainte qu’une vieille vidéo YouTube très gênante et humiliante d’un de mes lipsyncs de l’époque ne ressurgisse un jour ou l’autre. Mais bon, on aura amplement le temps de rejaser de ça d’ici dix ans avec la génération Tik-Tok.

Par la suite, je me suis aussi mis à capoter sur Nirvana et au grand malheur de ma maman, je ne pouvais plus alors imaginer la vie autrement qu’avec des cheveux longs.

Je me souviens que ma première défaite des cheveux longs, c’est-à-dire ma toute première tentative avortée d’éviter la coiffeuse, s’était produite en raison d’une entrevue au Servidéo. L’un de mes plus grands rêves à l’époque était de travailler en tant que commis de club vidéo et comme ma mère le savait très bien, elle n’avait pas manqué cette magnifique opportunité afin de me convaincre de subir le châtiment des ciseaux. D’ailleurs, pour la petite histoire, je ne l’ai finalement pas eu ce boulot.

Métro m’avait offert ensuite mon tout premier travail en tant que commis aux fruits et légumes, mais pour être bien franc avec vous, j’étais plus ou moins à l’aise avec le concept de devoir porter un uniforme. Mais bon, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour quelques paquets de clopes, du tabac qui fait rire et des quilles de Lucky Lager 6.6?

Quelques années plus tard, j’étais enfin parvenu à me dégotter un boulot dans un club vidéo, mais il y avait un code vestimentaire très strict à respecter : il fallait toujours porter un chandail bleu marin et surtout, toujours s’assurer que notre chandail était rentré dans nos pantalons. J’ai tenu mon bout, d’autres employés l’ont fait aussi, et le jour où mes patrons ont cessé de nous demander de rentrer notre chandail dans nos pantalons, j’ai commencé à le faire.

Par la suite, la seule fois où ma tenue vestimentaire avait mis « en péril » ma vie professionnelle, ce fut à l’époque où j’étais journaliste. Un jour, je m’étais présenté à une conférence de presse et là, des personnes probablement très importantes avaient fait part à mes patrons que mon allure nuisait au journal.

J’avais dit que je ferais attention, mais pour vous dire vrai, je n’ai jamais rien fait en ce sens.

Le truc, c’est que lorsque tout ce que vos détracteurs trouvent à dire pour vous mettre en échec, c’est de s’attaquer à votre apparence, c’est qu’en vérité, ça craint sérieusement pour eux.

En fait, ça revient un peu à exprimer son désaccord avec un autre individu en s’attaquant à la qualité de son français écrit. Certes, vous avez peut-être placé cette personne en situation d’échec, mais en quoi avez-vous démontré que vous aviez raison quant au débat qui vous opposait à l’origine?

Alors avec tout ça, je serais le premier à être tenté de vous dire que les codes vestimentaires et les uniformes, c’est tout simplement débile, mais en même temps, je dois vous avouer que ça fait parfois mon affaire lorsque je suis dans un commerce ou un événement et que je peux facilement identifier ceux et celles qui pourront me venir en aide.

Alors hop, pour ce qui est de toutes ces chicanes de code vestimentaire à l’Assemblée nationale, je crois que la façon la plus juste et équitable d’y mettre fin serait d’imposer le port d’un uniforme unisexe aux élus.

D’un côté, les élus plus conservateurs auraient désormais la paix d’esprit quant aux tenues vestimentaires de leurs collègues, tandis que les élus plus à gauche seraient certainement ravis de savoir que tout le monde serait enfin sur le même pied d’égalité. Les électeurs, quant à eux, n’auraient peut-être plus l’impression de voter pour des hommes et des femmes d’affaires, mais pour des employés qui travailleraient dans leur propre intérêt.

Évidemment, je vous dis ça à la blague, mais au point où on en est, je ne serais même pas surpris que Simon Jolin-Barrette trouve l’idée intéressante.