Lettre au maire Marc Asselin

CHRONIQUE / Salut Marc,

Tout d’abord, je ne voudrais surtout pas que tu le prennes mal, mais quand les dernières élections sont arrivées, ça m’a un peu désolé que personne ne se présente contre toi en tant que maire d’Alma.

Ici, qu’on se comprenne, ce n’était pas nécessairement parce que je souhaitais absolument qu’on te remplace, mais bon, j’aime ça aller voter et surtout, j’aime ça quand la personne qui va être à la tête de ma ville doit un peu se « challenger » afin d’aller susciter l’intérêt des électeurs. Des fois, ça force le monde à trouver des idées intéressantes ou du moins, à écouter les idées des autres afin de s’en inspirer.

Je vais t’avouer que je me réconfortais aussi dans l’idée qu’éventuellement, aux prochaines élections, Jocelyn Fradette tenterait enfin le grand saut vers la mairie et ça ne me déplaisait pas du tout. Mais la suite, tu la connais. Non seulement il ne te succèdera pas, mais en plus, son charisme servira à un parti politique qui n’en a rien à cirer de l’environnement, en plus de défendre des idées qui plaisent énormément à la droite religieuse.

Et puis, juste quand je me disais que c’était pas très jojo comme nouvelle, voilà que tu nous as démontré ce qui se produit quand on ne s’occupe pas de la politique et qu’on laisse les dirigeants nous diriger: nos voix risquent de ne plus compter et ne devenir que du bruit.

Tu dois certainement me voir venir avec mes bottes de ski alpin, mais bon, je fais référence ici à ta réaction par rapport à la mobilisation citoyenne qui s’est produite à l’hôtel de ville à la mi-novembre.

Pour avoir échangé avec plusieurs personnes qui étaient présentes lors de cette mobilisation, ce qu’on m’a dit, c’est que tu avais démontré une certaine indifférence avant d’oser lancer que leur discours te semblait « alarmiste ».

Eh! ben! Tu sais ce que je trouve alarmant Marc? Ce sont les décideurs qui ont le réflexe d’ignorer des faits scientifiques qui nous disent clairement qu’il est passé minuit et que dans le meilleur des mondes, on pourrait au moins limiter la catastrophe planétaire qui s’est déjà amorcée.

Je sais ici que j’ai l’air de te faire la morale, mais je suis de ceux et celles qui croient qu’on devrait reconnaître une certaine autorité intellectuelle chez les milliers de scientifiques qui sonnent l’alarme depuis trop longtemps.

Certes, ce n’est pas Alma qui va sauver la planète en reconnaissant qu’il faut agir, mais chaque fois qu’une figure d’autorité comme toi, par exemple, minimise la gravité de la situation, ça encourage le biais de confirmation de ceux et celles qui ne veulent pas croire à cette dure réalité.

Dis-moi Marc, si ton meilleur chum t’annonçait qu’il avait un cancer fulgurant et que ses chances de survie n’étaient que de 10%, lui offrirais-tu une bière et une cigarette en lui disant: « Les médecins exagèrent tout le temps »?

Samedi prochain, le 8 décembre, il y aura la Marche mondiale pour le climat à Alma. J’y prendrai part comme, je l’espère, des centaines d’autres personnes. Le point de rendez-vous sera à la Boîte à Bleuets à 13h.

D’ailleurs, je suis très content de la réponse que tu as fournie à Jean Westphal lors de son passage à la séance municipale lundi dernier afin de t’inviter, ainsi que les autres conseillers municipaux, à participer à cette grande marche de samedi. Comme tu as pu le constater, les gens qui y seront présents, tu peux les voir comme des amis.

Eux, ils savent que le jour où il sera plus que trop tard, les autres personnes qui descendront dans les rues, ils ne te diront pas « il faut faire de quoi », mais ils hurleront « pourquoi on n’a rien fait ».

Oui, c’est vrai qu’on ne pourra pas changer nos façons de faire en un seul claquement de doigts, mais j’ai la conviction que si on arrête tous de se pointer du doigt et qu’à la place, on se dit que tout le monde a un beau rôle à jouer dans ce sauvetage du futur, on arrivera à produire de grandes choses. Et qui sait, peut-être qu’une petite ville à des milliers de kilomètres d’ici nous verra aller et qu’elle se dira: « Nous autres aussi, on peut le faire ».