«Car croyez-moi, quand mon oncle Gaétan vous dévisage avec ses gros yeux et qu'il vous dit d'arrêter de niaiser, c'est vraiment le cas de le dire que ce n'est pas le temps de niaiser.»

Lettre à mon oncle Gaétan

CHRONIQUE / Il y a quelques jours seulement, ma mère franchissait le cap des 70 ans et voilà que c'est maintenant au tour de mon parrain, Mononc Gaétan, d'atteindre cet âge respectable.
Maintenant, je vais être franc avec vous, depuis que je suis tout petit, je suis terrorisé par lui. Et là, n'allez pas croire que le gars est un tyran ou un truc du genre. C'est juste qu'en plus d'avoir une grosse voix, Gaétan a ce ton de voix qui sous-entend toujours quelque chose comme « cherche pas le trouble avec moi, mon chum, parce que tu ne croiras vraiment pas à ton rêve ».
Alors hop, ça fait quand même drôle de se dire que lorsque je suis né, c'est lui qui avait à peu près mon âge, à l'époque.
J'ai d'ailleurs souvenir que lorsque j'étais tout petit, un de nos sports favoris chez mes cousins et mes cousines, c'était de donner des coups de poing dans sa bedaine. On était là à se défoncer comme des diables, à multiplier les coups de poing et lui, il était là à hurler avec amusement qu'on ne serait jamais capable de lui faire mal.
Et puis on a tous grandi et, même si nous sommes tous devenus un peu plus costauds, jamais personne n'a osé tester si nous étions maintenant assez forts pour lui faire mal parce que, peu importe le résultat, c'est lui qui gagnera la partie en nous paralysant avec sa fameuse « passe du serrage d'ouïes » qui neutraliserait même Mike Tyson.
J'ai aussi souvenir qu'un jour, alors que ma mère était hospitalisée, mon oncle Gaétan m'avait pris en retrait pour me parler. Généralement, quand ces discussions se produisaient, c'est que nos parents lui avaient demandé de l'aide afin de nous remettre sur le droit chemin.
Car croyez-moi, quand mon oncle Gaétan vous dévisage avec ses gros yeux et qu'il vous dit d'arrêter de niaiser, c'est vraiment le cas de le dire que ce n'est pas le temps de niaiser.
Des mots touchants
Or, cette fois-là, ce n'était pas pour me dire d'arrêter de faire le fin finaud à l'école, mais juste pour me dire qu'il m'aimait.
« Tu sais Joël, peu importe ce que tu vas devenir ou si tu es fif ou je sais pas, je vais toujours t'aimer et être là pour toi. »
Vous dire à quel point ces mots m'avaient touché.
C'est aussi pas mal grâce à mon oncle Gaétan que je suis devenu un mordu de cinéma. Comme il avait Super Écran chez lui, on pouvait y trouver tous les films de l'heure qu'il avait enregistrés sur des cassettes. Et puis certains soirs, il venait même me chercher pour que je puisse aller voir des futurs classiques chez lui, comme par exemple Robocop. C'est aussi chez lui que j'ai regardé pour la première fois  The Doors et que j'ai alors décidé de devenir une rock star. Comme quoi les accidents, ça arrive.
Mais que reste-t-il aujourd'hui de tous ces moments passés avec lui ? Eh ! ben ! Beaucoup de choses, à bien y penser.
Par exemple, il m'a légué l'importance de mener une vie de famille heureuse et surtout de toujours rester uni, et ce, malgré les divergences d'opinions ou les épreuves de la vie.
Prendre le temps de vivre
En tant qu'ancien adjoint de Lucien Bouchard, il m'a aussi appris que nous n'avions pas besoin de jouer dans les ligues majeures de la politique pour faire changer les choses, parce que c'est en prenant le temps de vivre avec ceux et celles qui nous entourent que nous avions le plus grand impact.
Le plus ironique dans tout ça, c'est qu'au moment où je terminais cette chronique, mon oncle Gaétan m'a appelé pour me dire: « Je passe chez vous dans 5 minutes. »
Il semblait avoir une nouvelle importante à m'annoncer. Au cours des 5 minutes suivantes, j'ai imaginé le pire. Puis quand il est arrivé, il m'a tendu un sac d'épicerie dans lequel il y avait des rasoirs et de la crème à raser: « Crisse, tu passes pas chercher tes cadeaux Martel. »
Il avait une fois de plus réussi à me foutre la chienne.
Alors voilà, j'ai une dernière chose à te dire Mononc Gaétan : « Peu importe si tu as des gros yeux et que tu me fous la chienne, je t'aime. »