Le festival REGARD bat son plein.

Les poumons de la créativité

CHRONIQUE / REGARD a surgi un peu par hasard dans ma vie. Je me souviens qu’à mon arrivée à Chicoutimi, le festival de court métrage s’établissait dans la région depuis quelques années déjà, et on racontait que c’était l’occasion rêvée pour y voir des vedettes.

Je vous dis ça, car c’est comme ça qu’on m’y avait attiré la première fois, lorsque notre groupe de musique électronique avait été invité à y jouer pendant un des cabarets. Je me souviens que je me disais : « On ne sait jamais, peut-être qu’une telle visibilité nous ouvrira des portes ».

Or, c’était à cette lointaine époque où on pouvait encore fumer à l’intérieur, et comme la scène était située du côté des non-fumeurs, on avait joué devant une moyenne de trois personnes, alors qu’il y avait certainement 200 personnes de l’autre côté du mur, dans la section des fumeurs. On s’était toutefois consolé en se disant que Germain Houde avait quand même regardé notre concert pendant quelques minutes.

Ici, vous pourriez croire qu’un récit aussi pathétique se raconte avec une pointe d’amertume, mais ce serait mal me connaître, car malgré la douche froide que nous avions alors ressentie sur le coup, ça demeure un merveilleux souvenir et une magnifique expérience.

Pour vous dire vrai, quand je repense aux 15 dernières années, c’est fou de penser à quel point ce festival a eu un impact direct dans ma vie. Tout d’abord, en tant que cinéphile, le festival m’a permis de découvrir une tonne de réalisateurs et de comédiens que j’ai eu la chance de voir évoluer au fil des années, dont plusieurs sont passés d’illustres inconnus à de grosses pointures de l’industrie.

Mais plus concrètement, le festival m’a aussi aidé à me découvrir en tant que créateur. En effet, en m’offrant l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec tous ces artisans, REGARD a nourri le créateur en moi, et plusieurs de ces discussions que je croyais sans lendemain se sont avérées traverser l’épreuve du temps, grâce notamment aux réseaux sociaux qui nous ont permis de demeurer en contact malgré la distance.

Si je vous raconte ça, c’est que j’ose imaginer par extension que je ne suis vraiment pas le seul à ressentir cet heureux mélange de fierté et de reconnaissance à l’égard de REGARD.

En fait, je n’ai qu’à m’arrêter quelques instants et une panoplie de noms d’artistes de la région qui se sont impliqués dans REGARD et qui brillent maintenant à l’échelle nationale me vient à l’esprit.

C’est fou de penser à quel point ce festival a créé un pont de prédilection entre la région et le milieu cinématographique. À cet effet, on n’a qu’à penser au bouillonnement perpétuel qui anime le milieu cinématographique de la région pour réaliser à quel point REGARD s’est inscrit dans l’ADN des artistes.

Aujourd’hui, un festival comme REGARD, qui attire autant de festivaliers dans une région isolée, n’est plus un phénomène unique. Par exemple, le Festif de Charlevoix tire très bien son épingle du jeu à ce titre. Or, ça ne serait pas faux d’affirmer que c’est justement grâce à des idées de fou comme REGARD que l’éclosion de ces festivals a pu se produire.

On légitime souvent la tenue de tels événements en présentant des chiffres afin de démontrer leur rentabilité, ainsi que leurs retombées économiques. Certes, de telles données demeurent un fait indéniable. Toutefois, ce qui ne se calcule pas, mais qui a tout autant un impact considérable dans la région, ce sont les retombées artistiques et humaines.

Je serais curieux de savoir combien d’histoires d’amour et d’amitié ont vu le jour en raison du festival.

Je serais aussi très intéressé de savoir combien d’artistes ont enfin trouvé leur voie en tombant par hasard sur une des activités de REGARD.

On dit souvent que les forêts sont en quelque sorte les poumons de la planète Terre. Eh bien, en ce qui me concerne, je serais tenté de dire que des festivals comme REGARD, ce sont en quelque sorte les poumons de la créativité.

Alors hop, profitez-en cette fin de semaine pour aller chercher votre dose d’air frais. Vous verrez que ça fait du bien de voir les visages de demain !