Les bons et les mauvais clients

CHRONIQUE / Dans la vie, je fais généralement tout mon possible afin d’être un bon client.

Alors quand je demande un truc à un employé ou que j’arrive à la caisse, j’offre généralement le meilleur de moi-même à la personne de l’autre côté du comptoir et pour être bien franc avec vous, c’est toujours une petite victoire lorsque je repars avec l’impression qu’on m’a classé dans la catégorie des gentils clients.

Et si j’y tiens autant à cela, ce n’est pas que je sois tant préoccupé par l’image que les autres se font de moi, mais simplement parce qu’au cours des nombreuses années où j’ai travaillé dans le public, je me suis répété des millions de fois que les mauvais clients étaient fort probablement les pires humains de la Terre.

Encore aujourd’hui, alors que je ne travaille même plus « dans le public », je me surprends parfois à bouillir de colère en analysant le comportement et l’attitude des mauvais clients qui sont devant moi dans les files d’attente.

Et puis hop, au risque que vous pensiez que je fais une véritable fixation à cet effet, je me dois de vous confesser que lorsque j’ai envie d’évacuer un peu de colère, je vais lire des textes publiés par des travailleurs qui se défoulent à propos de leurs mauvais clients. Parce que oui, ça existe et croyez-moi, il y a de quoi vous occuper pendant des heures et des heures de lecture.

C’est donc par l’entremise d’une page Facebook au nom très poétique de « Spotted : Clients de marde » que les employés qui travaillent auprès du public sont invités à partager de façon anonyme les pires situations de mauvais clients auxquelles ceux-ci font face.

Évidemment, il ne faut pas s’attendre à y découvrir des plumes dignes d’Émile Zola, mais la teneur de certains récits s’y rapprochent toutefois. Bref, l’humain dans la plus simple représentation de son quotidien.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’il est beaucoup plus facile d’être un bon que d’être un mauvais client, car en théorie, vous n’avez pas à prouver que vous êtes un bon client. Toutefois, si jamais vous êtes un mauvais client, vos agissements finiront tôt ou tard par vous trahir. Mais encore là, il y a une autre bonne nouvelle et c’est qu’une fois que vous savez quels sont les faux-pas à ne pas effectuer, il n’en tient plus qu’à votre volonté de demeurer ou non un mauvais client.

De ce que j’ai remarqué en passant beaucoup (trop) de temps à survoler les publications sur ce Spotted, un simple sourire adressé à la personne de l’autre côté du comptoir vous blinde pratiquement. Et puis si vous répondez un truc comme « bonjour » quand l’autre personne vous dit « bonjour », ça frise la perfection. En fait, vous pourriez juste faire ça, payer et dire « merci » en partant et vous pourriez sérieusement vous qualifier aux olympiques des bons clients.

Quant aux trucs à ne pas faire, je dois vous avertir qu’il y en a beaucoup trop pour que je vous les répertorie tous, or, ne vous laissez surtout pas intimider par la quantité, car comme vous le constaterez, ce sont tous principalement des variantes de la même idée.

Grosso modo, l’une des choses les plus importantes à éviter, c’est le fameux « tu vas ». Vous savez, ce « tu vas me donner un café » ou sinon, le « tu vas me mettre des frites ».

Autre petit conseil qui risque de décevoir bien des gens : le « tic-tic-tic » que vous faites sur le comptoir avec vos clés ou votre carte de crédit, c’est pas vrai qu’il fait accélérer le temps et que la caissière va pouvoir vous répondre plus rapidement.

En d’autres mots, les meilleurs atouts du mauvais client, c’est son manque d’empathie et de respect des autres. Si vous n’avez pas ces « talents », vous devrez probablement vous contenter de demeurer un bon client à jamais.

Enfin, un petit avertissement comme ça, à ceux et celles qui tentent parfois de gagner des points de « bon client » en faisant de l’humour : il est fortement recommandé de ne plus faire la blague qui consiste à dire « c’est-tu gratuit ? » lorsque le lecteur de codes barres ne fonctionne pas à la caisse.