L'époque des bars est-elle révolue?

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, je buvais un verre avec un ami originaire d’Hébertville qui habite maintenant à Montréal depuis plusieurs années. Ainsi, une fois ou deux par année, Max vient faire son petit tour dans le coin et évidemment, c’est toujours un plaisir de se retrouver.

Or, voilà qu’en jasant de tout et de rien, Max m’a fait remarquer qu’au cours des dernières années, les petits bars de son coin de pays qui étaient toujours parvenus à survivre jusqu’ici étaient maintenant en voie de disparition.

En fait, si j’ai bien retenu ce que Max m’avait dit, on pourrait même dire qu’à ce titre, on aurait même déjà grandement dépassé la ligne qui sépare « en voie de disparition » et « disparition ».

Évidemment, en écoutant Max me dresser la liste de tous ces petits bars qui avaient été littéralement rayés de la carte, je me suis aussitôt demandé ce qui pouvait expliquer un tel phénomène et c’est alors que Max m’a pointé du doigt deux facteurs qui auraient pu y jouer un grand rôle.

Tout d’abord, on peut penser aux conditions de travail qui ne vont jamais en s’améliorant. En effet, avec toutes ces entreprises qui réduisent sans cesse leurs besoins en effectifs, et ça, c’est quand ils ne ferment pas tout simplement leurs portes pour s’installer ailleurs, on peut facilement déduire que de plus en plus de citoyens n’ont plus les moyens de s’offrir de telles dépenses.

Et sinon, comme deuxième facteur, la décroissance de la population joue certainement un grand rôle quant à ces commerces, dont le nerf de la guerre est principalement de pouvoir attirer des clients. 

Tout ça a dormi dans mon esprit pendant quelques jours, puis je me suis alors souvenu d’une discussion que j’avais eue récemment avec un vieil ami qui possède un commerce légendaire d’Alma. Celui-ci me confiait que malgré la popularité et la notoriété de son commerce, les choses avaient considérablement changé, au cours des dernières années.

Sans blâmer nécessairement les diverses réglementations qui ont été imposées à ces types de commerce dans la dernière décennie, il reste qu’on ne peut pas nier que plus on imposera des restrictions aux clients et plus ceux-ci seront tentés de trouver des solutions de rechange qui seront mieux adaptées à leurs besoins.

Par exemple, on voit de plus en plus de jeunes adultes organiser des fêtes privées au lieu de se rendre dans un établissement prévu à cette fin, car en plus d’économiser beaucoup d’argent, on évitera bien des problèmes de logistique comme le simple fait de devoir planifier le retour à la maison sans courir le risque d’écoper d’une condamnation pour conduite en état d’ébriété. Et si jamais vous êtes de ceux et celles qui croient que les bars destinés à une jeune clientèle affichent complet dès le début de la soirée, sachez que désormais, on voit rarement arriver les affluences de clients avant 23 h.

Bien entendu, on devinera que les problématiques rencontrées par des bars de village et celles rencontrées par un bar de ville s’adressant à une jeune clientèle ne sont pas exactement les mêmes, mais on peut au moins clairement noter qu’ici, on ne vit plus à une époque où tenir un tel type d’établissement relève de la partie de plaisir.

Alors, elle va ressembler à quoi la suite ? Assisterons-nous un jour à la disparition totale des bars ? Mon petit doigt me dit que nous n’en sommes quand même pas encore rendus à ce point-là, mais une chose est certaine, bien des défis attendent les tenanciers de bar.

D’ailleurs, on peut remarquer que plusieurs de ces établissements tentent maintenant de s’adapter aux besoins de leurs plus jeunes clients, comme en offrant des services de raccompagnement ou en proposant des trucs à manger sur place.

Il y a 15 ans à peine, la disparition des clubs vidéo était impensable et aujourd’hui, ce type de commerce relève pratiquement des contes et légendes. Souhaitons donc un tout autre sort aux bars, car ce sont justement dans des endroits comme ceux-ci que certains contes et certaines légendes prennent vie.