Une nouvelle succursale de la SQDC a ouvert ses portes lundi dernier, à Alma, attirant plusieurs consommateurs.

L’époque de la machette révolue

CHRONIQUE / Par un mercredi soir très froid et humide, un Toyota Corolla rouge vin fait son entrée dans le stationnement de la SQDC (Société québécoise du cannabis). Le conducteur jette un coup d’oeil à la façade du commerce et il commence aussitôt à pester en apercevant un groupe de gens devant l’entrée : « Bordel. C’est pas vrai que je vais faire la file dehors pour du pot par ce temps dégueulasse. »

Le conducteur en question, c’est l’auteur de ces lignes.

Alors hop, je prends quand même le temps de me garer et après avoir arrêté le moteur, j’observe la scène afin de voir si cette satanée file avance rapidement.

Pendant un bref instant, j’ai vraiment l’impression d’être comme les flics dans les films. Comme dans ces scènes où un détective doit surveiller quelqu’un à son insu en buvant son café discrètement derrière le volant.

Puis, c’est là que je vois passer à toute vitesse une femme qui se dirige vers la porte et je réalise alors que la bande qui se tenait devant le commerce n’était pas une file.

Je me décide donc à sortir de ma voiture et alors que j’approche de plus en plus de la porte, un type surgit de nulle part et bondit devant moi pour se faufiler à toute vitesse dans la SQDC. La seconde d’après, un gars tout souriant en sort et une dame dont la voiture est garée devant le commerce lui lance avec amusement par sa fenêtre ouverte : « Fais attention de pas trop te geler ! » Le gars repère la dame et lui adresse un sourire, avant de poursuivre son chemin.

La suite, elle est tout ce qu’il y a de plus banal.

Tout d’abord, dès qu’on entre, il y a cet agent de sécurité qui vous fait signe que vous pouvez entrer et ensuite, un commis nous invite au comptoir et il ne reste plus qu’à commander ce qu’on désire avoir.

Maintenant, en tant que vieux routier en matière de tabac de course, je vais vous avouer que ça m’a fait un drôle d’effet de marchander avec un employé qui n’avait probablement jamais traversé un « trip bouffe » de sa vie. Et là, vous pouvez m’accuser de me fier aux apparences, mais bon, sachez que les amateurs de tabac qui fait rire finissent par développer une espèce de sixième sens pour se reconnaître en eux et dans ce cas-ci, mon radar était littéralement au point mort.

Cela dit, n’allez surtout pas croire que j’ai joué la carte du client lourd « qui connaît ça ». Mais bon, disons que comme transaction, c’était à des millions d’années-lumière de ces fois où, par exemple, un type armé d’une machette m’avait vendu du pot ou cette fois où un dealer s’était effondré en larmes avant de me remettre mes achats et que j’avais dû l’écouter pendant une heure avant de pouvoir partir avec ma commande.

D’ailleurs, je vous raconte ça et je peux déjà imaginer que d’ici quelques années, les plus jeunes regarderont avec étonnement les vieux routiers du pot tandis qu’ils leur raconteront toutes ces aventures de l’époque de la « prohibition verte ».

Il faut savoir qu’à cette époque qui vient tout juste de prendre fin, il n’y avait pas que du négatif. Ça donnait parfois lieu à des rencontres insolites et dans certains cas, ça forçait parfois de vieux amis à avoir soudainement envie de renouer avec un message du genre : « Salut, ça fait longtemps ! Scuse-moi de te demander ça, mais sais-tu si je peux trouver quelque part du... tu sais quoi ? »

Pour être bien franc avec vous, je trouve ça quand même très chouette qu’on soit maintenant passé à autre chose. Il n’en demeure pas moins qu’il y a encore une sacrée liste de trucs à corriger, dont les emballages, qui ne sont vraiment pas écologiques, ainsi que de nombreuses variétés qui sont vendues à un prix nettement au-dessus du marché noir.

Toutefois, s’il y a un truc que j’aimerais qu’on modifie dans les années à venir, c’est le service et là, qu’on se comprenne bien, je ne vise surtout pas les employés. C’est juste que lors de mes visites dans deux succursales différentes, je sentais que je devais faire un choix rapidement et je préfère pouvoir flâner si le coeur m’en dit avant de me décider.

Mais bon, je préfère ce type de stress à un gars parano qui m’ouvre la porte de son appartement en tenant une machette à la main. Ah ! Le bon vieux temps !