L’École antirouille

CHRONIQUE / Je ne sais pas trop comment les spécialistes parviennent à déterminer cela, mais bon, il semblerait que les prochaines élections provinciales traiteront notamment des enjeux concernant l’éducation.

Entre vous et moi, ça serait une sacrée bonne nouvelle, car j’ai justement un début d’idée de projet à proposer à nos futurs élus.

Le truc, c’est que depuis que je suis père, je me suis toujours fait une fierté d’être toujours honnête envers mon fils lorsqu’il me pose ses mille questions par jour. En d’autres mots, quand j’ignore la réponse, je pile chaque fois un peu sur mon orgueil. Je lui réponds : « Je ne le sais pas. »

Au début, ça n’arrivait qu’une fois de temps en temps, mais plus mon bonhomme vieillit et plus je remarque que la fois de temps en temps est devenue « bien trop souvent ».

Évidemment, je pourrais me féliciter de tout cela en célébrant le fait que mon garçon devient de plus en plus allumé et qu’il est de plus en plus conscient de la complexité du monde qui l’entoure, mais il n’y a pas que ça. Et c’est là que ça fait mal.

En fait, c’est plutôt difficile de l’avouer, mais si je suis de moins en moins en mesure de fournir des réponses dignes de ce nom aux questions de mon fils, c’est peut-être aussi parce que ma cervelle ramollit.

Vite comme ça, ça fait déjà plus de vingt ans que j’ai terminé mon secondaire 5. Si, à cette époque, j’étais capable de vous nommer et d’identifier les types de nuages dans le ciel, aujourd’hui, je ne vois que des nuages blancs et des nuages gris.

Et puis, si vous me demandez de calculer la circonférence d’un truc, j’y arriverai probablement, mais ça me prendra certainement quelques minutes de plus qu’à l’époque, le temps de retrouver la fameuse formule dans tout ce fouillis de connaissances qui s’empilent et qui rouillent au fil des années.

Ici, je vous dis tout ça sans honte, car je sais très bien que vous êtes nombreux et nombreuses à vous dire présentement la même chose.

C’est plutôt con, car à l’époque où on nous bourrait le crâne avec toutes ces connaissances, on se demandait très souvent à quoi elles pourraient bien nous servir. Puis, au cours de la vie adulte, on se retrouve confronté à une panoplie de situations où on comprend enfin à quoi ces connaissances servent. Or, combien de fois arrive-t-il que « le fichier auquel vous tentez d’accéder n’est plus disponible »?

Voilà pourquoi je suggère l’idée qu’on mette sur pieds une espèce d’École de la vie. Grosso modo, il s’agirait d’une école de « remise à jour » de notre secondaire, qui consisterait en une espèce de programme intensif de quelques semaines.

Par exemple, ceux et celles qui le souhaiteraient pourraient s’y inscrire une fois aux 10 ans, afin de dégourdir toutes ces vieilles connaissances et, du même coup, de les réactualiser. Compte tenu de toute l’expérience que nous gagnons au cours de notre vie adulte, je suis certain qu’une tonne de concepts qui nous semblaient abstraits à l’adolescence prendraient alors un tout autre sens. Ainsi, l’assimilation de ces informations se ferait beaucoup plus facilement.

Ça pourrait aussi être l’occasion de rafraîchir notre compréhension de certains enjeux ou champs d’expertise qui ont grandement évolué au cours des dernières années.

Si les médecins le font régulièrement pour leur métier, pourquoi ne ferait-on pas la même chose afin de s’assurer de pleinement remplir notre rôle de citoyen?

Et puis hop, on pourrait même offrir des bonus à ceux et à celles qui oseraient profiter de cette remise à jour, en offrant des crédits d’impôt ou une semaine de vacances supplémentaire.

Maintenant, je me doute bien que vous êtes quelques-uns à rigoler en lisant cela, mais pensez-y deux petites minutes: si tout le monde pouvait profiter régulièrement d’une mise à jour de ses connaissances, on y gagnerait considérablement en tant que société. La maîtrise de la connaissance n’est-elle pas la meilleure façon d’ouvrir notre esprit, mais surtout, de s’ouvrir aux autres?