Le venin du Scorpion rouge

CHRONIQUE / À la fin de l’automne dernier, je vous avais partagé mes joyeuses aventures à bord du Scorpion rouge, le fameux Toyota Corolla dont je suis maintenant propriétaire.

Pour la petite histoire, rappelons-nous qu’un problème d’alternateur avait notamment fait en sorte que j’étais demeuré en panne dans la sortie du A & W alors qu’une des premières tempêtes de neige de l’année avait décidé de frapper.

Je vais vous avouer que dans les semaines qui ont suivi « l’affaire A & W », j’ai vécu ce qu’on pourrait appeler une espèce de stress post-traumatique. Ainsi, du moment où je démarrais ma voiture jusqu’au moment où je l’arrêtais, j’étais habité par l’anxiété absurde comme quoi le Scorpion rouge pourrait me lâcher soudainement, sans raison. Disons que le lien de confiance qui régnait jusqu’alors avait été brisé.

Mais tandis que je m’affairais justement à rebâtir ce lien entre nous deux, c’était comme si le Scorpion rouge avait décidé de poursuivre sa rébellion. Ç’a commencé par cette fois où Julie avait décidé de le déneiger afin de le déplacer dans le stationnement. Billy le chien était allé s’installer joyeusement dans la voiture, mais au moment où Julie a voulu la déplacer, le Scorpion s’était verrouillé sans raison, gardant Billy prisonnier à l’intérieur.

À partir de ce jour, j’ai donc commencé à trimballer ma seconde clé, celle d’urgence, au cas où je me retrouverais un jour enfermé à l’extérieur de la voiture pendant qu’elle serait en marche.

Maintenant, j’ignore si c’est le Scorpion qui concocté cette ruse, mais quelques jours seulement après que j’aie dû adopter le « système à deux clés », voilà qu’une d’elles s’est soudainement tordue sans raison. Mon beau-père et Julie ont tenté de s’en servir, mais en vain. Il n’y avait qu’avec moi que la clé tordue fonctionnait.

C’est alors que l’inévitable a fini par se produire. En fait, plus j’y pense, plus je suis convaincu que mon « système à deux clés » aurait défié toutes les lois de la probabilité s’il avait perduré pendant plus de quelques mois. Alors hop, un jour, j’ai cherché la clé pas tordue et je ne l’ai pas trouvée.

Même si une petite voix à l’intérieur de moi me disait qu’elle avait le pressentiment que je ne retrouverais jamais cette clé pas tordue, je tentais de la faire taire en me répétant chaque jour que je finirais bien par tomber sur celle-ci, mais non.

Pendant ce temps, la clé tordue en profiterait pour me faire vivre toute une gamme d’émotions. De toute évidence, elle semblait bien décidée à maximiser l’emprise diabolique qu’elle avait désormais sur moi.

Ainsi, chaque fois que vient le temps de démarrer le Scorpion rouge, ça revient un peu à jouer à la roulette russe de l’automobile. Dans l’éventualité où vous auriez un peu de chance, la clé tordue va faire démarrer la voiture après trois ou quatre tentatives, mais dans le cas contraire, je vous garantis qu’elle peut vous démolir le poignet à force d’effectuer des milliers de possibilités de torsion dans l’espoir que la voiture finisse par prendre vie.

Et c’est justement ce deuxième scénario qui s’est produit il y a quelques jours quand je suis allé faire le plein à la station-service.

Derrière moi, il y avait ce gros monsieur avec son gros camion. Il voulait que je dégage au plus vite de la pompe, mais la clé tordue n’était pas de cet avis. J’étais là à lutter avec la clé et la serrure pendant que Billy me léchait les oreilles et que le monsieur derrière klaxonnait. Je vous le dis : c’était vraiment la joie.

Il y a aussi eu cette fois où Billy et moi, on est restés prisonniers d’un stationnement pendant 30 minutes parce que la clé tordue avait décidé de ne plus fonctionner.

Bref, tout ça a fait en sorte que dans les prochains jours, je vais remédier à ce problème, et la prochaine étape sera d’élucider le mystère du 50 km/h.

Le truc, c’est que depuis quelque temps, ma voiture fait un bruit de fusée quand je dépasse le cap des 50 km/h.

Restez à l’antenne : d’ici quelques mois, je devrais pouvoir raconter que le Scorpion rouge m’a transporté en 1985.