Le truc dégoûtant

CHRONIQUE / Avant de commencer, j’aimerais vous avertir que si jamais vous étiez en train de casser la croûte, il serait peut-être préférable d’aller lire un autre truc dans ce journal en attendant que vous terminiez de déguster vos excellentes saucisses ou vos savoureuses pommes de terre. Et pas besoin de me remercier pour le conseil.

Et puis dans l’éventualité où vous étiez tentés de poursuivre votre lecture en vous disant que ce ne sera quand même pas une chronique qui arrivera à vous couper l’appétit, je peux vous confirmer que oui, car j’ai fait l’expérience sur mon amoureuse en lui partageant le récit qui suit.

Alors hop, ça s’est passé la semaine dernière. Je déambulais dans les rues d’Alma à l’occasion de ma traditionnelle marche de fin de soirée. Ce soir-là, il faisait bon être dehors, car la température n’était pas du tout dégueulasse.

Puis voilà qu’une fois rendu dans le stationnement du centre d’achats, je vois cet insecte complètement passé maître dans l’art du camouflage qui est là sur le ciment et qui passe complètement incognito en raison de son design qui est identique au plancher de céramique que nous avions dans notre maison dans les années 90.

Je décide donc de prendre une photo de l’insecte en question, puis je poursuis ma route paisiblement tout en admirant le magnifique chef-d’œuvre que je viens tout juste de produire.

C’est pile à ce moment que je sens que mon talon est en train de s’enfoncer dans un truc. « Ah ! Bordel ! C’est pas vrai ! » que je me dis, alors que tout mon système nerveux vient soudainement de s’activer afin d’annuler l’opération qui consistait à déposer mon talon. C’est ainsi qu’en une fraction de seconde, mon talon se redresse, ce qui me fait sautiller le temps que je retrouve mon équilibre.

Maintenant, si vous aviez défié mon avertissement du départ et qu’à cet instant, vous êtes en train de savourer votre repas en lisant ces lignes, je m’arrêterais ici si j’étais vous.

Alors voilà. Retour à moi qui vient de marcher dans un truc suspect et qui s’apprête à jeter un coup d’œil sur le sol.

Évidemment, je m’attends à voir un cadeau comme ceux que Billy le chien laisse sur son chemin et que je m’assure de ramasser, mais comme il n’y a presque pas de lumière dans ce secteur du stationnement, je vois seulement un truc qui semble plutôt imposant.

Tandis que je pense intérieurement que ça devait être un sacré chien qui avait déposé ça là, mes yeux s’adaptent à l’obscurité et c’est à ce moment que je réalise que le truc dans lequel je viens de marcher, ce n’était pas un cadeau.

Un millième de seconde plus tard, un flashback de la veille commence à jouer dans ma tête. Ça se passe pile au même endroit et juste au moment où j’arrive sur les lieux, je crois voir un gros rongeur qui bondit rapidement entre deux boîtes vides qui traînaient dehors.

« Eurk ! Je viens de piler sur un animal mort », que je hurle dans ma tête.

Si nous avions été dans un film, on aurait probablement commencé à entendre un chœur chanter un truc inquiétant en latin sur un fond sonore de cordes à vous glacer le sang.

Mes yeux ne peuvent pas s’adapter davantage à l’obscurité, mais ils en voient assez pour me confirmer que cette chose sur laquelle je viens de marcher était probablement vivante quelques heures auparavant.

Une petite voix me dit ensuite que je pourrais utiliser la lampe de poche de mon téléphone pour valider s’il s’agissait d’une grosse souris ou d’un petit rat, mais plus j’y pense et plus la musique inquiétante se fait forte dans ma tête.

Alors je poursuis mon chemin en marchant rapidement, maudissant le destin d’avoir vécu un truc si dégoûtant,

Le lendemain, ce n’est pas une farce, je ne suis même pas arrivé à en parler à qui que ce soit. J’étais comme bloqué. Puis, le soir, alors que je retournais sur les lieux du crime, j’étais en train de me demander si je ne devrais pas prolonger mon itinéraire de deux ou trois minutes en contournant ce coin du stationnement quand un insecte identique à mon plancher de céramique m’a bondi en plein visage.

Tous mes muscles se sont contractés pendant que j’ai laissé entendre un bref cri de panique, puis j’ai finalement décidé de contourner ce coin.

Alors depuis ce temps, ma marche du soir dure 3 minutes de plus.