Le songe d’un travail d’été

CHRONIQUE / Quand je pense à l’été, je revois la banquette arrière de la Dodge Omni de ma maman. Je me souviens qu’il faisait chaud. Nous roulions sur le rang Mélançon vers le chalet de la Dam-en-Terre et j’étais là à tenter de compter les montagnes de pitounes à côté de l’usine Price. À la radio, il y avait cette chanson qui jouait sur le AM et une autre journée d’été remplie d’aventures m’attendait.

J’ai aussi souvenir de ces soirées chaudes où je m’aventurais sur le petit balcon de notre appartement. Au loin, je pouvais entendre la télé qui diffusait Beau et Chaud et il y avait tous ces gens qui déambulaient joyeusement vers les deux dépanneurs du coin pour aller s’acheter des clopes et des bières.

Bref, l’été, c’était relax quand j’étais enfant. C’était long aussi. Je dis ça parce que je me souviens que lors des dernières semaines d’été, l’idée de bientôt recommencer l’école ne m’embêtait jamais.

Et puis hop, les choses ont changé.

Au début, ça a commencé par des « contrats de pelouse ». Mon cousin Mario avait sa petite entreprise et il allait faire de l’entretien chez des gens et parfois, il m’amenait avec lui. D’ailleurs, c’était certainement des gens qui avaient de bons boulots si je me fie à la grandeur de leur terrain.

Puis, il y a eu ce premier été où vous preniez conscience que la vie ne serait pas une partie de plaisir. Ici, je vous parle bien entendu de ce premier été où on finit par vous trouver un emploi étudiant. Je dis ici « vous trouver un boulot », car à cette époque, il fallait avoir d’excellents contacts pour se dégotter un travail. Bonne chance à vous si vos parents ne connaissaient pas le patron d’un commerce ou du moins, une personne bien placée.

Il faut savoir que les premières semaines, c’est plutôt grisant de commencer à travailler.

Tout d’abord, la première paie est tout simplement hallucinante. Vous êtes là à voir tout cet argent dans votre compte en banque et c’est incroyable de se dire que chaque semaine, ça recommencera. Soudainement, tout devient possible.

Mais une fois que l’ivresse des premières paies est passée, c’est là que vous réalisez que les vendredis soirs d’antan où vous pouviez vous coucher au lever du soleil ne sont plus qu’un vague souvenir. Tout cet argent, il ne tombe pas du ciel et il implique que le samedi matin, vous rentriez au boulot.

En ce qui me concerne, ce premier boulot fut d’être commis aux fruits et aux légumes.

Pour vous dire vrai, je n’étais vraiment pas un bon employé.

En plus de critiquer constamment les horaires de travail, je n’étais pas du tout manuel et ça me prenait une éternité à emballer un simple concombre.

Je me souviens aussi que je me choquais parfois contre les clients que je trouvais bêtes. Je leur disais chaque fois qu’ils n’avaient qu’à aller ailleurs.

Tout ça aura finalement fait en sorte qu’après quelques mois, on m’a gentiment fait comprendre que mon avenir était ailleurs et aujourd’hui, quand je croise mon ancien patron, il me dit qu’il aime bien me lire dans le journal. Faut croire qu’il avait raison à l’époque.

Le plus amusant dans tout ça, c’est qu’il n’aurait peut-être même pas pu se passer de moi si j’avais été son employé aujourd’hui. Je dis ça parce que dernièrement, je discutais avec ma soeur qui emploie justement des étudiants et comme elle me l’expliquait, la pénurie de main-d’oeuvre est bel et bien réelle.

Vous savez, le cliché de l’étudiant qui se magasine un boulot en fonction de l’horaire et du salaire? Eh! bien, ça arrive vraiment. À titre d’exemple, des employeurs se font dire des trucs du genre: « Quand ton contrat commencera, tu m’appelleras et si je n’ai rien trouvé d’autre, j’irai peut-être travailler pour toi.»

Évidemment, ça rend légèrement jaloux l’employé peu dévoué que j’étais autrefois, mais bon, tant mieux pour ces jeunes travailleurs s’ils peuvent s’offrir le luxe d’être sélectifs à propos de leur travail d’été.

Sur ce, bonne chance à tous les employeurs!