Joël Martel

Le rire de Suzanne

CHRONIQUE / C’était il y a deux mois, alors que nous commencions tout juste à absorber l’onde de choc causée par la pandémie.

Cette journée-là, alors que la bonne humeur régnait à la maison, le téléphone a sonné et c’est Julie qui a répondu. Ça n’a vraiment pas été long comme appel. Elle a dit « Allô », puis quelques secondes plus tard, elle a fondu en larmes. Elle a laissé échapper quelques sanglots, puis elle a dit à sa mère, qui était à l’autre bout du fil, qu’elle la rappellerait.

Comme j’avais cru avoir entendu mon amoureuse pleurer, je suis immédiatement allé la voir afin de m’assurer qu’elle allait bien, puis elle s’est blottie contre moi en laissant sortir toutes les larmes de son corps. Elle a ensuite tenté de me dire que sa tante Suzanne venait de décéder, mais je l’ai plutôt décodé à travers sa voix étranglée par l’émotion.

Au cours des deux dernières années, Suzanne avait courageusement lutté pour sa vie et après être parvenue à surmonter un cancer très féroce, elle avait lentement remonté la pente. Puis, au début de cette année, elle avait honoré ses engagements en se rendant à un voyage de famille, mais à son retour, une vilaine grippe s’est transformée en pneumonie et, après avoir passé plusieurs semaines dans le coma, Suzanne était parvenue à en ressortir.

C’est alors que Suzanne a appris que son état de santé avait été gravement hypothéqué par son combat des dernières semaines et qu’elle devrait désormais vivre avec des capacités pulmonaires considérablement diminuées.

Je ne la connaissais pas beaucoup, Suzanne, puisqu’elle vivait à Lac-aux-Sables, mais ça ne m’a pas surpris quand Julie m’a appris qu’elle avait demandé l’aide médicale à mourir. Suzanne, elle avait ce regard qui en disait long, car on pouvait voir dans ses yeux qu’elle était reconnaissante de chaque moment auquel elle avait la chance d’assister et elle se régalait visiblement de chaque fou rire.

Chaque fois que je repense à elle, je revois cette scène qui s’était déroulée un dimanche après-midi. La veille, on avait organisé une grande fête pour souligner le quarantième anniversaire de Julie et même si elle était encore très affaiblie par son récent combat contre le cancer, Suzanne avait fait toute la route jusqu’à Alma pour l’occasion.

Le lendemain, peu avant qu’elle ne reparte à Lac-aux-Sables, Suzanne était venue faire un tour à la maison avec Claude, son mari. Les parents de Julie étaient passés pour leur souhaiter un bon retour et voilà que nous nous étions tous retrouvés sur le patio à jaser ensemble de tout et de rien.

Je me souviens que cet après-midi-là, il pleuvait un peu et on avait donc dû se mettre à l’abri, mais je me rappelle surtout des éclats de rire de Claude et des sourires que Suzanne lui adressait.

Il y a quelques jours, soit plus de deux mois après le décès de Suzanne, ses funérailles ont enfin pu avoir lieu. Pour être bien honnête avec vous, ça me fait très bizarre de repenser à ça, car c’est un peu comme si elle était décédée deux fois.

Cet après-midi, je discutais avec mon amoureuse tandis qu’elle bricolait quelque chose sur le patio. J’ai fini par faire une blague qui nous a fait rigoler tous les deux et j’aime croire que pendant un bref instant, nos éclats de rire ont ravivé ceux que Suzanne et Claude nous ont laissés en souvenir lors de leur dernière visite.

Billy le chien et les vétérinaires

Ça faisait un bon bout de temps que le pauvre Billy le chien avait mal à une oreille, alors on a pris un rendez-vous chez le vétérinaire qui a eu lieu lundi dernier.

Lorsque Julie est revenue, je lui ai demandé si Billy avait bien fait ça.

« Les employés m’ont demandé si je voulais aller porter Billy dans l’auto avant de payer. Je pense que je suis la seule cliente à qui ils ont dit ça. J’ai demandé aussi s’il avait été gentil et ils m’ont juste dit qu’ils lui avaient mis une muselière. »

J’imagine que s’il existait un outil qui permettait de traduire le langage des vétérinaires en français, ça voudrait pas mal dire que non.