Le pouvoir de la télé

CHRONIQUE / Je ne sais pas trop si j’ai le droit de vous dire ça, mais saviez-vous que le nouveau Passe-Montagne a failli être un comédien de la région ?

Le comédien en question était un chic type avec qui j’ai eu la chance de travailler pendant quelques années et c’est une amie commune qui m’a appris ça en janvier dernier.

Le gars s’était rendu jusqu’à la toute dernière audition, mais alors que les producteurs devaient se décider entre deux candidats, l’autre comédien a été choisi.

Mais bon, l’histoire ne se termine pas mal du tout, car maintenant que ce comédien est passé à un cheveu de rafler le rôle de Passe-Montagne, disons que son nom doit circuler davantage dans le milieu et en plus, il ne passera pas le reste de sa carrière à se faire appeler « Passe-Montagne » par tous les gens qu’il va croiser dans la rue.

Remarquez que j’y ai beaucoup pensé dans les dernières semaines. Chaque fois, je me plaisais à m’imaginer dans un monde parallèle dans lequel mon ami aurait été Passe-Montagne et croyez-moi, je pense que je n’aurais plus jamais passé une seule journée de ma vie sans mentionner à qui que ce soit que « le nouveau Passe-Montagne, c’est un de mes amis ». Je vous dis ça, car depuis janvier, je ne passe plus une semaine sans mentionner que je connais le gars qui a failli être le nouveau Passe-Montagne.

D’ailleurs, au moment où je vous écris ces lignes, mon fil d’actualités sur Facebook est inondé de statuts à propos du premier épisode de cette nouvelle mouture de Passe-Partout. D’un côté, on y trouve des critiques de spectateurs adultes tandis que de l’autre, on y retrouve tous ces parents qui sont fous de joie à l’idée que leurs enfants semblent avoir raffolé de leur expérience.

Il y a quelques années, ce phénomène m’aurait probablement plongé dans un cynisme pas possible, mais je dois avouer que le futur vieil homme que je suis devenu regarde tout ça avec une certaine affection.

Même si Passe-Partout fait partie de mon imaginaire en tant qu’enfant, je ne ressens malheureusement pas le lien affectif qu’entretiennent beaucoup de gens de ma génération à l’égard de cette émission. Or, je peux quand même très bien comprendre le bonheur qui habite tous ces parents à voir leurs enfants s’émerveiller devant ce même univers.

À titre d’exemple, cet après-midi alors que je faisais la vaisselle, j’ai cru entendre en provenance du salon une séquence de notes de musique qui m’était curieusement très familière. Lorsque je suis allé investiguer et que j’ai découvert que c’était Charlot qui regardait une vidéo d’une prestation en spectacle de Bohemian Rhapsody par Freddie et sa bande de Queen, j’avais probablement la même étincelle de bonheur dans les yeux que ces parents.

Sans vouloir tomber dans l’analyse sociologique à 10 cennes, j’ai de plus en plus l’impression que ce désir de faire aimer à nos enfants ce que nous avons aimé à leur âge est très symptomatique de ma génération.

Vous vous souvenez, il y a un peu plus de 3 ans quand le nouveau Star Wars est sorti ? Tous ces parents fous de joie à l’idée de faire découvrir cet univers à leurs bambins ? Et puis sinon, on n’a qu’à penser à toute la folie entourant les superhéros.

Peut-être est-ce parce que le monde a tellement changé en si peu de temps. Je dis souvent que j’ai vécu dans deux mondes, celui d’avant et celui d’après Internet, et même si je veux bien convenir que la formule est légèrement exagérée, il y a quand même un fond de vérité dans tout ça. Qui sait, peut-être que ce qui enthousiasme tant les parents quant à ce désir que leurs enfants s’approprient leur imaginaire est simplement le souhait de partager enfin avec eux un univers dans lequel ils arriveront aussi à se retrouver ?

Il y a au moins une chose dans tout ça dont je suis certain et c’est que tout cet enthousiasme entourant la nouvelle mouture de Passe-Partout nous envoie un message très clair : le monde a peut-être dramatiquement changé au cours des décennies, mais le pouvoir rassembleur de la télé est encore bien vivant.