Le paradoxe de la vraie vie

CHRONIQUE / À une époque où on peut avoir accès à presque tout en restant confortablement installé sur son divan, sortir de la maison pour aller vivre la vraie vie peut rapidement prendre des allures d’épopée.

Je jasais justement de ça en revenant de Jonquière avec mon amoureuse, lundi soir.

Pour ma part, ce jour-là, j’arrivais d’un périple plutôt mouvementé à Québec et Montréal et, pendant ce temps, mon amoureuse avait dû mettre les bouchées doubles étant donné son rôle temporaire de mère monoparentale. De plus, nous avions tous les deux eu une journée de travail plutôt chargée et, bien sincèrement, si nous avions écouté notre premier « feeling », nous serions probablement restés à la maison, prétextant que nous étions brûlés.

Mais le truc, c’est que des vieux amis à nous, le duo humoristique Les Pic-Bois, étaient de passage dans la région et ça aurait été tout simplement inadmissible qu’on ne s’y pointe pas le bout du nez.

De plus, mon vieux pote Guillaume Boldock faisait la première partie et, depuis qu’il a quitté la région pour tenter sa chance dans le 514, les occasions pour se voir sont beaucoup plus rares.

Alors hop, lundi, en fin de journée, on s’est fouetté et on a appelé ma maman à la rescousse pour qu’elle vienne garder notre héritier pendant notre absence et, à 19 h, nous partions en direction de Jonquière.

Si nous étions restés sagement à la maison, je serais allé border mon fils, j’en aurais profité pour faire une mini-sieste d’une vingtaine de minutes pour recharger mes batteries, puis je serais redescendu en bas pour discuter avec mon amoureuse. Je serais ensuite allé marcher et je me serais affairé pendant le reste de la soirée à bidouiller des trucs en musique ou à jouer aux jeux vidéo.

Or, puisque nous avions décidé de partir à l’aventure, on a pu avoir deux discussions très cools, mon amoureuse et moi. Tout d’abord en se rendant à Jonquière et puis après, au retour où nous nous sommes émerveillés des meilleurs moments du spectacle tout en rigolant un bon coup.

Sinon, dès notre arrivée à Jonquière, on a rencontré plusieurs amis qui s’y étaient rendus et puis j’ai même piqué un brin de jasette avec la jusqu’ici très mythique maman de Boldock. Une chouette dame décidément !

Évidemment, tout ça peut sembler banal, mais c’est fou à quel point le confort et la technologie nous tiennent parfois loin de la vraie vie.

Certes, la vraie vie se limite souvent à des discussions, des échanges et quelques fous rires, mais surtout, elle laisse des traces dans notre mémoire qui survivront sans aucun doute à toutes ces soirées passées en tête avec Netflix ou celles à se faire bombarder de publicités débiles entre deux quiz télévisés tout aussi débiles.

Le paradoxe

Alors que je viens de vous dire que la technologie nous tient parfois loin de la vraie vie, la suite de cette chronique risque fort bien de vous sembler paradoxale.

Il y a quelques jours, je faisais enfin la rencontre de Sam.

J’ignore depuis combien d’années on échange tous les deux, mais bon, il arrive régulièrement que le soir, lorsque je pars marcher, Sam et moi, on s’appelle et on parle de musique et de la vie. 

Parfois, Sam m’appelle en faisant l’épicerie et, pendant deux ou trois minutes, je l’écoute faire la file à la caisse. Yep, c’est bizarre, mais je vous conseille de vivre cette expérience au moins une fois dans vote vie. On se surprend à imaginer les autres personnes qui font la file, par exemple.

Voilà donc que la semaine dernière, après toutes ces années à correspondre à distance, je rencontre enfin Sam en personne. 

Quelques heures plus tard, Sam me dit tout bonnement : « Hey, ça date à quand la dernière fois où on s’est rencontré. »

Alors je lui réponds : « Au moins 37 ans ».

Tout ça pour vous dire que la technologie nous tient parfois loin de la vraie vie, mais il arrive aussi qu’elle la simule à merveille.

Comme on dit, y a du bon et du pas bon dans tout ça.

Et pendant ce temps, Sam est toujours convaincu qu’on s’est déjà rencontré auparavant.