Le journal de Chen

CHRONIQUE / Pour être bien franc avec vous, toute la saga entourant la grippe A (H1N1) m’avait un peu donné la chienne en 2009. Je me souviens notamment de cette fois où je regardais les dernières actualités sur le Web et que j’avais vu passer un article expliquant que le Canada avait commandé des milliers de sacs mortuaires et, ce soir-là, j’avais eu beaucoup de difficulté à trouver le sommeil.

Ainsi, lorsqu’on a commencé à parler du nouveau coronavirus, j’ai aussitôt repensé à cet épisode survenu il y a déjà plus de 10 ans et je m’étais donc promis de ne pas me laisser gagner par la panique cette fois-ci.

Tout se passe plutôt bien jusqu’ici, mais le défi est quand même imposant. Et puis hop, ça nous fait aussi réaliser à quel point le monde a beaucoup changé en 10 ans seulement.

À titre d’exemple, à l’époque du H1N1, il n’y avait pas toutes ces notifications qui apparaissaient huit fois par jour sur votre téléphone pour vous informer du bilan des décès liés au nouveau coronavirus qui grimpe sans arrêt. Disons-le, ça ajoute quand même une toute petite couche d’anxiété.

Quant aux réseaux sociaux, même si ceux-ci avaient déjà commencé à faire leur apparition à l’époque du H1N1, ils n’étaient pas si omniprésents dans nos vies qu’aujourd’hui. Alors qu’il y a 10 ans, on n’avait qu’à gérer principalement nos propres inquiétudes et celles de notre entourage immédiat, on partage maintenant nos inquiétudes avec la planète entière et, en plus, il faut constamment éviter de tomber dans les pièges de la désinformation.

Et comme si les choses n’étaient pas suffisamment compliquées, tout indique que la Chine s’en sort plutôt bien pour jouer avec certains faits et ainsi, la frontière entre vérité et mensonge est encore plus difficile à distinguer dans plusieurs cas.

Je pense ici à ce pauvre type qui est prisonnier de la quarantaine à Wuhan, un internaute nommé Chen Qiushi, qui a décidé de défier les autorités en tenant une espèce de journal de bord de la situation qui est en cours dans sa ville.

La première fois que j’ai visionné une de ses vidéos, la situation qu’il décrivait me semblait si surréaliste que mon cerveau ne voulait pas y croire. Le gars parlait notamment des hôpitaux qui étaient remplis de gens en détresse, en plus du personnel médical qui était à bout de souffle.

Puis, dans les jours qui ont suivi, Chen a continué de partager des vidéos et puisque je n’étais visiblement pas le seul à douter de l’authenticité de ses propos, le reporter improvisé a décidé d’accompagner ses propos d’images qu’il avait filmées dans les rues de Wuhan, ainsi que dans les hôpitaux de la ville.

En voyant tous ces gens épuisés et à bout de ressources, ces individus qui ignoraient s’ils étaient infectés par le nouveau coronavirus et ces infirmières en détresse parce qu’elles ne voulaient pas retourner à la maison, de peur d’infecter leur famille, ça m’a littéralement foutu la chair de poule, car on nage ici en plein film d’épouvante.

Mais devinez quoi ? Même si mon sang s’est glacé à plusieurs reprises en regardant les vidéos de Chen, je n’ai toujours pas cédé à la panique.

Certes, le nouveau coronavirus n’est vraiment pas à prendre avec des pincettes et je crois sincèrement qu’il est tout à fait légitime que nous prenions toutes les mesures possibles afin d’empêcher sa propagation, mais ce qui me fout le plus la trouille dans cette histoire, c’est de voir à quel point les citoyens semblent être laissés à eux-mêmes en Chine, et plus principalement dans les zones qui ont été placées en quarantaine.

C’est d’ailleurs ce que Chen soutient régulièrement dans ses vidéos lorsqu’il déclare que ce qui l’inquiète le plus dans cette quarantaine, ce sont les autorités qui tentent de réduire au silence ceux et celles qui souhaitent rendre compte du véritable état des lieux. On peut même se demander si les dirigeants en Chine n’ont pas été eux-mêmes les artisans de leur propre malheur en muselant plusieurs spécialistes de la santé qui disaient être préoccupés par l’apparition d’un nouveau virus quelques semaines avant l’éclosion de l’épidémie.

Sur ce, n’oubliez pas de bien vous laver les mains et surtout, faites gaffe à la grippe normale.