Le divan de l’enfer

CHRONIQUE / Il y a un peu plus de sept ans, nous venions tout juste d’acheter notre première maison et pour souligner l’occasion, nous avions décidé d’acheter un nouveau divan.

Je me souviens encore que dès l’instant où nous étions entrés dans le magasin, Julie était littéralement tombée en amour avec une espèce de gros divan sectionnel qui débordait d’un millier de gros coussins. « C’est ça qu’il nous faut chéri! », qu’elle s’était exclamée.

Pour ma part, comme je n’avais aucune idée de ce dont nous avions besoin, j’ai fait un candidat de La Guerre des clans de moi et j’ai décidé d’y aller avec la famille, et ce, même si un énorme doute m’habitait.

Puis, le jour où les déménageurs sont arrivés avec cette espèce de gros truc qui occupait la moitié de l’espace du salon, j’ai cru pendant un instant que ce divan monstrueux était ce qu’il nous fallait. Mais aussitôt que je me suis étendu dessus et que j’ai senti que cette chose tentait de m’aspirer au fond d’elle, la panique m’a gagné.

« Bordel, Joël, ce n’est qu’un nouveau divan. Donne-toi quelques jours et je suis certain que tu t’y habitueras », que je me suis dit, afin de reprendre mon calme.

Ce que j’ignorais alors, c’est que ce divan provenait tout droit de l’enfer.

Comme je vous ai dit quelques lignes auparavant, ce divan débordait de coussins, car en fait, il n’avait pas de dossier.

Grosso modo, ce divan consistait en une grosse base coussinée sur laquelle il fallait disposer les coussins afin de pouvoir s’y adosser. Sur papier, j’avoue que ça semble être le truc le plus inconfortable de la planète, mais dans la vie, croyez-moi, c’était pire.

Pour vous en donner une petite idée, disons que ce divan de l’enfer était l’antithèse parfaite d’un chiropraticien. En fait, plus j’y pense et plus je suis convaincu que c’est justement un chiropraticien qui a conçu ce divan, et ce, dans le seul but de faire exploser sa clientèle. Si tel est le cas, le gars n’a vraiment pas raté son coup, car pendant près d’un an, j’ai hérité de la même démarche que Robocop en raison de mon dos qui était plus barré qu’une prison à haute sécurité.

Pour ajouter à tout cela, il faut savoir que le divan de l’enfer avait aussi un pouvoir obscur qui pouvait vous miner votre bonne humeur de façon plutôt efficace. Chaque soir, quand venait le moment tant attendu de s’écraser devant la télé, votre moral risquait d’être considérablement mis à l’épreuve, car nous étions constamment sous la menace que le divan de l’enfer ait avalé la télécommande. Ainsi, il fallait soulever tous ces milliers de coussins et avec un peu de chance, la télécommande surgirait. Or, la plupart du temps, il fallait passer ensuite à l’étape de la prospection et plus les années passaient, plus cette opération me dégoûtait. Même Dieu ignorait ce qui pouvait se cacher au fin fond du divan de l’enfer.

Mais voilà qu’après plusieurs années à côtoyer le divan de l’enfer, l’inimaginable s’est produit: nous avons soudainement convenu qu’il était temps d’acheter un nouveau divan.

Sans grande surprise, tout est allé très rapidement par la suite.

Dans les quelques jours qui ont précédé l’arrivée du nouveau divan, c’était comme si le divan de l’enfer savait que ses heures étaient comptées. Alors qu’il avait toujours été inconfortable, c’était comme s’il était parvenu à créer de nouveaux horizons en matière d’inconfort.

Et puis, la veille avant de partir, le divan de l’enfer a eu droit à sa dernière vengeance.

Je m’apprêtais à m’installer avec dégoût sur celui-ci pour une dernière fois quand je me suis rendu compte que je ne voyais la télécommande nulle part. Pour une dernière fois, j’ai soulevé les mille coussins dans l’espoir de voir surgir la télécommande, mais en vain. Puis, j’ai retenu un haut-le-coeur et j’ai glissé mes doigts entre les fissures du divan pour une dernière fois sans jamais retrouver la télécommande.

Gageons que c’est maintenant le diable qui s’en sert, alors qu’il est inconfortablement installé sur ce satané divan.