Le coût réel d’une quarantaine

CHRONIQUE / Si on vous demandait de vous isoler en quarantaine à votre domicile pendant deux semaines, en auriez-vous les moyens ?

Vous l’aurez certainement deviné, mais si je vous pose cette question, c’est évidemment en réaction aux mesures préventives afin de limiter la propagation du coronavirus.

Je me suis questionné à ce sujet plusieurs fois, au cours des derniers jours, car en partant du fait que de nombreux travailleurs n’arrivent même pas à se permettre de prendre une ou deux journées de repos afin de se remettre d’une vilaine grippe, je suis très curieux de savoir quelles solutions s’offrent à eux s’ils ont à déserter leur emploi pour une durée de deux semaines.

De plus, au-delà de l’aspect financier, il faut aussi penser à tout l’aspect organisationnel. À titre d’exemple, le patron d’un petit restaurant qui doit déjà composer avec une pénurie d’employés et qui apprend qu’un de ses travailleurs doit s’absenter du travail pour une durée de deux semaines fait alors face à un sacré casse-tête. Et ça, c’est dans l’éventualité où un seul de ses employés devait partir en quarantaine. Alors, qu’est-ce qu’il va faire, ce patron, lorsqu’un second et un troisième employés lui apprendront qu’ils doivent s’absenter eux aussi ?

Qu’on se comprenne bien : si je m’adonne ici à ces réflexions, ce n’est pas dans l’intention d’imaginer des scénarios catastrophiques qui contribueraient à faire grimper votre anxiété, mais c’est plutôt dans l’objectif de saisir cette occasion afin de démontrer que ça ne serait peut-être pas une vilaine chose de revoir notre façon de faire quant aux possibilités qui sont offertes aux travailleurs qui souffrent de maladies infectieuses.

Au cours des dix dernières années, j’ai vu passer de nombreux reportages, des articles et des résumés de recherche qui démontrent clairement que collectivement, nous perdons beaucoup d’argent à ne pas laisser suffisamment de marge de manoeuvre aux travailleurs lorsque ceux-ci doivent s’absenter du travail pour des problèmes de santé. En effet, nul besoin d’avoir un diplôme en actuariat pour deviner que si un de vos employés doit se présenter au boulot alors qu’il est malade comme un chien, il y a de fortes chances pour qu’il soit beaucoup moins performant, et qu’éventuellement, il contamine ses collègues qui, eux, seront à leur tour moins performants. En d’autres mots, il est beaucoup plus profitable pour un employeur de libérer un travailleur afin qu’il puisse guérir, car en plus de lui permettre de profiter des conditions idéales pour retrouver rapidement la santé, il s’évitera toute une série de cas individuels à gérer par la suite.

Mais bon, on en revient encore aux deux facteurs critiques : l’argent et les ressources humaines.

Ce qui est quand même plutôt navrant dans tout ça, c’est que nous le savons depuis très longtemps que nous gagnerions à revoir notre façon de faire face à cette problématique, mais une fois que le dernier article à ce sujet a fini de spinner, on remet ça à plus tard. Et puis hop, un jour, le nouveau coronavirus fait son apparition et on se rend compte qu’il est finalement un peu tard pour se préparer.

Pour ma part, j’espère franchement que nous parviendrons à limiter la propagation et les conséquences liées au COVID-19, mais je souhaite aussi que cette crise nous fasse prendre conscience que la santé des autres nous concerne aussi. Certes, il faut tout faire en son possible pour assurer sa propre santé, mais il faut aussi veiller à ce que tout le monde soit en mesure d’assurer sa propre santé.

Même si on critique souvent le fait que notre système de santé est débordé, je crois sincèrement que nous sommes très privilégiés d’avoir droit à des soins gratuits. Du côté des États-Unis, une partie de la population commence à prendre conscience qu’il sera très difficile de limiter la propagation du coronavirus, étant donné que de nombreux citoyens n’ont même pas les moyens de s’offrir une visite chez le médecin.

Bref, ça peut sembler ridicule comme question, mais je serais très curieux de savoir qui a vraiment les moyens de se payer une quarantaine de deux semaines.