La comédienne Janine Sutto est décédée mardi à l'âge de 95 ans.

L'art d'aimer et d'être aimée

CHRONIQUE / C'était en novembre 2012. À l'époque, j'avais commencé à bosser pour le journal depuis quelques semaines et je remplaçais alors l'ami Roger Blackburn aux arts et spectacles.
Cette année-là fut plutôt inoubliable. Pendant près d'un an donc, je pouvais voir jusqu'à trois spectacles par semaine et ça, c'était sans compter les couvertures de divers lancements, les expositions d'arts visuels ainsi que les entrevues ici et là avec différents artistes.
Or, parmi toutes ces rencontres et toutes ces aventures, celle qui me revient le plus souvent en tête s'est produite en 2012. 
Au cours de l'après-midi, j'avais eu un échange avec la comédienne Marie-Thérèse Fortin en vue de la représentation des Belles-Soeurs qui allait avoir lieu le soir même à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Puis, voilà que quelques heures plus tard, j'allais être complètement subjugué par cette production à grand déploiement.
En toute honnêteté, j'avais été littéralement pris par surprise, car je n'avais jamais encore réussi à accrocher à l'univers de Michel Tremblay. Or, voilà que cette fois-là, la magie avait très bien opéré. Non seulement la mise en scène m'avait émerveillé, mais les adaptations en chansons ainsi que l'énergie qui se dégageait de l'interprétation des comédiennes étaient venues me chercher droit au coeur.
Évidemment, mon enthousiasme s'était grandement fait sentir dans le papier que j'avais ensuite signé et le lendemain, j'allais apprendre que ce fameux enthousiasme avait eu un effet drôlement contagieux.
Maintenant, veuillez m'excuser ma légendaire mémoire défaillante, mais il me semble que la lectrice qui m'avait fait part de cette histoire faisait partie de l'organisation qui hébergeait la troupe de comédiennes.
Bref, ce qu'elle m'avait raconté, c'est que le lendemain de la représentation des Belles-Soeurs que j'avais louangée, Janine Sutto, qui faisait partie de la distribution, s'était dite très touchée par mon papier, et ce, à un point tel qu'elle avait demandé qu'on achète des exemplaires du journal afin d'en remettre un à chacune de ses collègues de la distribution.
Tout d'abord, j'ai souvenir qu'en apprenant cela, ça m'avait fait un petit velours de penser que pendant deux ou trois minutes, ça avait été à mon tour de faire vivre quelque chose à Janine Sutto.
Sinon, un autre truc qui m'avait frappé a été de réaliser que même malgré des décennies de métier et surtout, malgré une notoriété qui n'était plus à prouver depuis fort longtemps, une critique publiée par un illustre inconnu dans un journal régional était autant significative pour Janine Sutto qu'un papier signé dans un gros journal national.
Cela dit, pour celui ou celle qui bosse dans les médias depuis quelques années, ce genre de truc finit par moins vous impressionner, car les artistes comme Janine Sutto qui parviennent à traverser le temps ont souvent ce point en commun: ils savent accorder de l'importance à tout le monde. En d'autres mots, comme le disait La Poune: « J'aime mon public et mon public m'aime. »
D'ailleurs, il est peut-être là le secret de la longévité des artistes. C'est bien beau d'accumuler chaque jour les milliers de « likes » en provenance des fans en les inondant sur les réseaux sociaux de photos de « mon nouveau chapeau par tel grand designer montréalais » ou de « mes pieds manucurés pour vous montrer que ça fait du bien de relaxer un peu avant la sortie de mon prochain disque la semaine prochaine », mais l'amour, c'est cool quand ça va dans les deux sens.
Allez Janine, repose-toi bien là où tu es. Et sache qu'avec tout l'amour que tu as donné à ton public, il ne t'oubliera pas de sitôt. J'essaierai de te garder une copie de cette chronique. Au cas où.